Point saillants : Ebola

Dernière mise à jour le September 9, 2019

Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens en santé publique des revues actualisées sur les renseignements essentiels liés aux maladies infectieuses importantes de manière à ce qu’ils servent à la pratique en santé publique au Canada. Bien qu’ils ne soient pas des examens officiels de la littérature, les renseignements sont puisés de sources clés, y compris l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Nous acceptons volontiers vos questions, commentaires et suggestions concernant le présent compte rendu et vous pouvez nous les envoyer à l’adresse suivante : nccid@umanitoba.ca.

Que sont les Points saillants? Pour en savoir davantage sur la manière dont on recueille l’information, consultez notre page dédiée aux But et méthodes de nos Points saillants.

Quel est le niveau de risque actuel de la maladie à virus Ebola pour les Canadiens?

Bien qu’il soit tout à fait possible qu’une personne puisse entrer au Canada en provenance d’un pays touché par la maladie à virus Ebola pendant la période d’incubation ou après l’apparition des symptômes, le risque pour les Canadiens est considéré comme très faible en ce moment. Aucun cas n’a encore été signalé au Canada. La dernière évaluation des risques de l’OMS, réalisée le 5 août 2019, a conclu que les niveaux de risque restent faibles à l’échelle mondiale.

Le gouvernement du Canada fournit de l’information pertinente au public canadien et aux voyageurs. Le Canada dispose de protocoles et de ressources pour détecter, enquêter et gérer les cas d’Ebola s’il devait apparaître au pays. Le 22 juillet 2019, la maladie à virus Ebola en RDC présentait un risque de niveau 2 en raison d’une épidémie qui se trouvait dans des zones géographiques limitées (voir la section Qu’en est-il de la flambée de la maladie à virus Ebola en 2018-2019?). Bien que le gouvernement du Canada recommande aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel en RDC en raison de l’instabilité politique et des risques pour la sécurité, l’OMS déconseille d’instaurer des restrictions aux voyages en RDC en raison de l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola. Il est donc conseillé aux voyageurs canadiens se rendant en RDC de prendre des mesures de sécurité particulières.

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Quelles mesures devrait-on prendre pour un cas suspect de maladie à virus Ebola ou un contact?

Les professionnels de la santé au Canada doivent faire preuve de vigilance afin de reconnaître, de signaler et d’examiner rapidement les patients qui ont des antécédents d’exposition potentielle à une source de virus Ebola et qui présentent des symptômes de la maladie à virus Ebola (MVE) d’autres maladies comparables pouvant causer une fièvre hémorragique virale (FHV). Vous trouverez ci-dessous des directives pour la gestion de la santé publique, la prévention et le contrôle des infections, les soins cliniques, la surveillance des voyageurs, les tests et la notification.

Définition de cas

Aux fins de la production de rapports, le gouvernement du Canada et les administrations provinciales et territoriales ont prévu des définitions de cas.

Une définition de cas spécifique de la MVE a été élaborée lors de la flambée en Afrique de l’Ouest de 2014-2016.

Santé publique Ontario

Le gouvernement du Canada fournit un document d’orientation aux autorités de santé publique si un cas humain de MVE ou un contact étroit d’un cas de maladie à virus Ebola est identifié dans leur région. L’OMS a créé d’autres ressources adaptées au contexte canadien. Les cliniciens devraient également examiner les directives provinciales/territoriales applicables, s’il en est.

Rapports

Selon les protocoles en place dans les provinces et le territoire canadien, les patients sous investigation pour la maladie à virus Ebola doivent être immédiatement signalés.

Contrôle et surveillance

Le Comité consultatif sur la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) a formulé des recommandations provisoires à l’intention des Canadiens concernant les mesures préventives, ainsi que le contrôle et la surveillance des voyageurs en provenance de régions touchées par la MVE.

Essai

Les tests de laboratoire sur un patient faisant l’objet d’une investigation pour la maladie à virus Ebola doivent être réalisés uniquement en parallèle à une évaluation des risques en cours et aux procédures de biosécurité correspondantes. L’ASPC fournit des lignes directrices en matière de biosécurité aux laboratoires manipulant des échantillons prélevés sur des patients chez qui on soupçonne une MVE.

Aucune culture de virus pour l’EBOZ ne doit être effectuée à l’extérieur du laboratoire de confinement de niveau 4 en matière de biosécurité au Laboratoire national de microbiologie (LNM). Si un échantillon nécessite un test diagnostique pour la maladie à virus Ebola, les professionnels de la santé et les laboratoires devraient communiquer avec leur laboratoire provincial de santé publique pour coordonner leurs activités avec le LNM.

Soins cliniques

Des lignes directrices sur les soins cliniques des MVE à l’intention des cliniciens au Canada ont été élaborées. De plus, plusieurs documents d’orientation sur les soins cliniques et la prise en charge de la maladie sont disponibles auprès de l’OMS.

Mesures de prévention et de contrôle des infections

Le gouvernement du Canada, l’OMS et les CDC ont publié des lignes directrices sur les mesures à prendre dans un établissement de soins, notamment les mesures de nettoyage du milieu et de gestion de la literie et des déchets. Le gouvernement canadien fournit également des lignes directrices sur les mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI) pour les soins préhospitaliers et le transport terrestre des patients chez qui la maladie à virus Ebola est soupçonnée ou confirmée.

Des directives en matière de PCI et d’hygiène du milieu ont été élaborées pour les moyens de transport de passagers et les terminaux, ainsi que pour l’équipage de cabine, le personnel de nettoyage et le personnel de fret de lignes aériennes. Certaines juridictions provinciales/territoriales ont élaboré leurs propres lignes directrices pour les mesures PCI.

Autres ressources en matière de PCI
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Qu’en est-il de la flambée de la maladie à virus Ebola en 2018?

Le 8 mai 2018, le ministère de la Santé de la République démocratique du Congo a annoncé une flambée de la maladie à virus Ebola (MVE) dans la zone de santé de Bikoro, province de l’Équateur. Au 8 août 2019, 2781 cas de MVE ont été signalés au total, dont 2687 cas confirmés et 94 cas probables, et 1866 personnes atteintes sont décédées (taux de mortalité global de 67 %). Sur le total des cas confirmés et probables, 56 % (1572) étaient des femmes et 28 % (791) des enfants âgés de moins de 18 ans. Trois cas importés ont été signalés en Ouganda en juin 2019 et le risque de propagation à d’autres pays voisins est permanent.

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Que devrais-je savoir de plus sur la maladie à virus Ebola?

Cause

La MVE est causée par des ribovirus qui sont membres du genre Ebolavirus. On connaît quatre souches du virus (Ebola, Soudan, Forêt de Taï et Bundibugyo) responsables du virus Ebola chez l’homme. La maladie est rare et mortelle et touche le plus souvent les personnes et les primates non humains (singes, gorilles et chimpanzés).

Signes, Symptômes et gravité

Les symptômes habituels se présentent comme suit : apparition soudaine de fièvre, faiblesse intense, douleurs musculaires, maux de tête et maux de gorge suivis de vomissements, diarrhée, éruption cutanée, insuffisance rénale et hépatique, défaillance multiviscérale, manifestations vasculaires (injection conjonctivale, hypotension orthostatique, œdème), signes neurologiques (maux de tête, confusion, coma) et dans certains cas, saignements internes et externes. Les patients qui présentent ces symptômes et ces signes devraient être mis en isolation selon le protocole, et être évalués pour déterminer leur risque d’exposition au virus Ebola. La période d’incubation de la MVE varie de 2 à 21 jours, et la majorité des personnes infectées présentent des symptômes de 8 à 10 jours après l’exposition.

Le taux de létalité des cas diagnostiqués a été de 30 à 90 %. Le taux moyen de mortalité est d’environ 50 %.

Épidémiologie

La maladie à virus Ebola est généralement limitée géographiquement et survient principalement dans les zones sujettes aux épidémies d’Afrique subsaharienne. Historiquement, entre 1976 et 2012, des cas sporadiques et des épidémies de MVE ont été signalés dans plusieurs pays africains. La plus grande épidémie enregistrée à ce jour a eu lieu de 2014 à 2016 en Afrique de l’Ouest, et certains cas importés sont apparus dans d’autres pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord. On a répertorié alors plus de 28 500 cas et 11 300 décès.

L’épidémie de 2018-2019 en cours en République démocratique du Congo est extrêmement complexe et constitue la deuxième épidémie d’Ebola la plus importante jamais enregistrée (voir : Qu’en est-il de la flambée de la maladie à virus Ebola en 2018-2019?). Veuillez lire la déclaration de l’OMS : La flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo constitue une urgence de santé publique de portée internationale.

Aucun cas n’a encore été signalé au Canada. (Voir ci-dessous : Quel est le niveau de risque actuel de la maladie à virus Ebola pour les Canadiens?)

Transmission

Réservoir
Le réservoir de la maladie à virus Ebola n’est pas confirmé, mais le plus souvent il vient de chauves-souris frugivores (Pteropodidae). Ebola est introduit dans la population humaine par le contact étroit avec le sang, les sécrétions, les organes ou d’autres liquides biologiques d’animaux infectés tels que des chimpanzés, des gorilles, des chauves-souris frugivores, des singes, des antilopes des bois et des porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale.

Transmission d’humain à humain :
Le virus se transmet de personne à personne par une lésion cutanée ou des muqueuses (yeux, nez ou bouche) en contact direct non protégé avec :

  • le sang ou des liquides corporels (urine, salive, sueur, matières fécales, vomissures, lait maternel et sperme) d’une personne malade ou décédée de la maladie à virus Ebola (EVD).
  • Des objets (comme des aiguilles et des seringues) contaminés par des liquides corporels d’une personne atteinte de la maladie à virus Ebola ou le corps d’une personne décédée des suites de cette maladie.
  • Le sperme d’un homme qui a guéri de la maladie à virus Ebola (lors de relations sexuelles orales, vaginales ou anales).

La transmission peut également se produire d’un animal à un humain par contact direct non protégé avec des chauves-souris infectées ou des primates non humains (tels que les singes).

Le virus peut rester dans certains fluides corporels (y compris le sperme) d’un patient qui a guéri de la maladie à virus Ebola, même s’il ne présente plus les symptômes de maladie grave. Les risques de transmission sexuelle ne sont toutefois pas bien compris ni confirmés. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les fluides corporels les plus infectieux sont le sang, les excréments et le vomi. Les virus qui se trouvent sur des surfaces peuvent rester infectieux de quelques heures à quelques jours.

Lors d’une éclosion, les personnes les plus à risque d’infection sont :

  • Les travailleurs du domaine de la santé.
  • Les membres de la famille ou d’autres personnes en contact étroit avec des personnes infectées.
  • Les personnes endeuillées qui ont un contact direct avec les dépouilles pour les rituels funéraires.

Période d’incubation :
De 2 à 21 jours, habituellement entre 4 et 10 jours

Période de contagion :
Les patients deviennent contagieux une fois qu’ils commencent à montrer des symptômes; ils ne sont pas considérés comme contagieux pendant la période d’incubation. La personne atteinte demeure contagieuse tant que le sang et les fluides corporels (y compris le liquide séminal et le lait maternel) contiennent le virus. Cela inclut la période après le décès.

Source : Centers for Disease Control and Prevention, Center for Emerging and Zoonotic Infectious Diseases (NCEZID), Division of High-Consequence Pathogens and Pathology et Viral Special Pathogens Branch.

Diagnostic de laboratoire

Les méthodes de laboratoire permettant de confirmer un cas de MVE reposent sur l’isolement du virus, la détection de son ARN ou de ses composants ou la démonstration d’anticorps dirigés contre celui-ci. Le virus Ebola peut être détecté dans le sang d’une personne infectée trois jours après l’apparition des symptômes par une épreuve d’amplification par la polymérase avec transcription inverse (RT-PCR).

L’OMS décrit (et a évalué) plusieurs méthodes de diagnostic utilisées pour confirmer l’infection par le virus Ebola.

Traitement

Il n’existe actuellement pas de traitement ou de vaccin homologué contre la maladie à virus Ebola Les patients sont traités pour leurs symptômes, avec soins de soutien. Certaines personnes infectées par le virus Ebola se rétablissent d’elles-mêmes, sans avoir obtenu de traitement. Plus le patient est traité tôt, meilleures seront ses chances de rétablissement. Les traitements habituels sont les suivants :

    • Des moyens de normaliser la pression artérielle et une aide à la respiration (réduit les vomissements et la diarrhée, la fièvre et la douleur).
    • L’hydratation et le maintien d’un niveau approprié d’électrolytes (des minéraux dont le corps a besoin) par voie orale ou intraveineuse.
    • L’isolement strict du patient à l’unité des soins intensifs pour éviter la transmission du virus à d’autres personnes.

Un essai contrôlé randomisé portant sur plusieurs médicaments a débuté en novembre 2018 en RDC et se poursuit actuellement dans une phase d’extension de l’étude avec seulement deux médicaments, le REGN-EB3 et le mAb114. Les deux médicaments à base d’anticorps monoclonaux, nettement supérieurs aux deux autres médicaments testés (Zmapp et Remdesevir), sont les deux seuls médicaments administrés aux patients depuis le 9 août 2019.

Stratégies de prévention

Dans les zones où le virus Ebola est présent, les stratégies préventives les plus importantes sont les suivantes : 1) la mise en œuvre de mesures de prévention et de contrôle des infections en milieu de soins de santé; 2) la sensibilisation du public à la réduction de l’exposition aux sources de réservoirs, aux personnes malades et à leurs fluides corporels, ainsi qu’aux cadavres dans communautés; et 3) la vaccination.

Les personnes devront continuer à se protéger d’une infection par le virus Ebola en s’abstenant de toucher le corps d’un malade (mort ou vivant) ou ses liquides corporels, tels que le sang, les vomissures, la salive, les urines ou les fèces. Elles devront aussi éviter tout contact avec les objets personnels utilisés par le malade. Les professionnels de la santé doivent suivre des directives spécifiques pour le contrôle des infections. (Voir Quelles mesures la santé publique devrait-elle prendre pour un cas suspect de maladie à virus Ebola ou un contact?)

Vaccination

Un vaccin expérimental appelé rVSV-ZEBOV, découvert par des chercheurs attachés au Laboratoire national de microbiologie du Canada, est généralement bien toléré et son efficacité a été démontrée contre la souche du virus Ebola Zaïre. L’immunisation par vaccination n’est recommandée que dans les pays connaissant une flambée d’Ebola, car le vaccin n’est actuellement pas homologué. Le vaccin rVSV-ZEBOV est administré pendant l’épidémie d’Ebola 2018-2019 en cours en RDC.

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