Questions et méthodes de recherche
L’objectif principal de cette initiative était d’examiner les tendances sur dix ans (2013-2022) des zoonoses à déclaration obligatoire au Canada et de faire ressortir certaines menaces émergentes et complexes. Elle porte sur plusieurs maladies à transmission vectorielle et d’autres zoonoses, comme les hantavirus et la rage. Parmi les sujets spéciaux, notons l’émergence d’une souche de grippe aviaire A (H5N1) hautement pathogène et répandue, les aspects liés aux animaux de la pandémie de COVID-19 ainsi que l’émergence de Echinococcus multilocularis, un ténia qu’on retrouve chez des espèces comme les renards et les coyotes. Le rapport comprend également une section consacrée aux risques zoonotiques touchant les communautés autochtones du Nord et de l’Arctique, rédigée par Services aux Autochtones Canada avec la contribution de partenaires autochtones.
Les données proviennent du Système canadien de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SCSMDO), des systèmes améliorés de surveillance des maladies à transmission vectorielle pour les maladies transmises par les moustiques et les maladies transmises par les tiques, ainsi que des recherches appliquées et de sources de données complémentaires lorsque des systèmes formels de surveillance nationale n’ont pas été mis en place. Le rapport a été examiné et validé par des partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux.
Principaux constats
Dans l’ensemble, le rapport dresse un portrait national des zoonoses pour la période s’étendant de 2013 à 2022, en combinant des indicateurs de surveillance (nombre de cas, incidence et épidémiologie descriptive) avec des renseignements sur les facteurs de risque, les réservoirs animaux et les conditions environnementales qui influencent la transmission. Il souligne que certaines maladies à transmission vectorielle sont en augmentation, tandis que d’autres zoonoses à déclaration obligatoire restent rares, mais nécessitent une vigilance et des mesures de prévention continues en raison de leur gravité. Voici quelques résultats notables :
- Les cas de brucellose, d’infection à hantavirus, de rage et de tularémie sont rares au Canada et les dénombrements sont stables.
- La maladie de Lyme et d’autres maladies transmises par les tiques sont en augmentation, car l’aire de répartition de nombreuses espèces de tiques s’est élargie.
- Le nombre de cas de virus du Nil occidental fluctue d’une année à l’autre, mais le changement climatique devrait accroître le risque de maladies transmises par les moustiques.
L’inclusion de sujets spéciaux liés aux menaces émergentes et complexes, comme la grippe aviaire A (H5N1), souligne que les risques zoonotiques évoluent constamment, sous l’effet des changements de milieux, des agents pathogènes et des profils d’exposition. Le rapport combine les perspectives du changement climatique et de l’approche « Une seule santé » pour interpréter les tendances et mettre en évidence l’importance d’une surveillance et d’une intervention coordonnées et multisectorielles entre les systèmes de santé humaine, animale et environnementale.
Importance de la collaboration et de la communication intersectorielles
Le rapport met en évidence la façon dont la collaboration intersectorielle favorise la détection plus précoce des menaces émergentes, des réponses plus rapides entre les administrations et des stratégies de prévention qui s’attaquent en amont aux causes (p. ex, les changements d’habitats des vecteurs et les interfaces faune-humain). Cette collaboration est de plus en plus essentielle, car le changement climatique et d’autres pressions modifient les lieux et les périodes d’exposition, ce qui exige une surveillance et des interventions capables de s’adapter au fil du temps.
Lacunes dans les données probantes
Pour certaines zoonoses et questions émergentes, il n’existe pas de système de surveillance nationale officiel : les analyses doivent donc s’appuyer sur des recherches appliquées et d’autres sources de données. La disponibilité des données varie selon la province et le territoire et au fil du temps. Les faibles nombres de cas peuvent produire des taux instables, ce qui peut limiter la capacité à dégager des tendances et à tirer des conclusions.
Il peut être difficile d’établir un lien entre les profils de maladies zoonotiques et les conditions environnementales qui influencent l’exposition. L’intégration d’indicateurs climatiques et environnementaux dans l’analyse des profils de maladies demeure limitée, et la surveillance locale des vecteurs et des réservoirs est inégale, avec des renseignements incomplets sur les principales voies d’exposition. Dans les milieux nordiques, éloignés et arctiques, où les changements sont rapides, il sera important de combler ces lacunes pour mieux comprendre l’évolution des dynamiques de transmission des maladies.
