Le 16 decembre 2025
Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens de la santé publique un examen actualisé des renseignements essentiels relatifs à des maladies infectieuses importantes, de manière à orienter la pratique en santé publique au Canada. Bien que cet examen ne constitue pas une revue formelle de la littérature, les renseignements proviennent de sources clés telles que l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ainsi que de documents à comité de lecture.
Les Points saillants suivants ont été préparés par Shyama Nanayakkara. Les questions, commentaires et suggestions à ce sujet sont les bienvenus et peuvent être envoyés à nccid@manitoba.ca. Que sont les Points saillants? Pour en savoir davantage sur la manière dont l’information est recueillie, consultez notre page consacrée aux Points saillants.
Questions abordées dans le présent bulletin :
- Quelles sont les principales caractéristiques du chikungunya?
- Où en est l’éclosion actuelle de chikungunya?
- Quel risque présente à l’heure actuelle le chikungunya pour la population canadienne?
- Quelles mesures faut-il prendre en présence de contacts ou de cas soupçonnés de chikungunya?
Quelles sont les principales caractéristiques du chikungunya?
Caractéristiques et causes
Le virus chikungunya (VCHIK) est un arbovirus de la familledes Togaviridae, responsable de la fièvre à virus chikungunya. Il s’agit d’un virus à ARN monocaténaire à polarité négative transmis par des piqûres de moustiques femelles infectées du genre Aedes aegypti ou Aedes albopictus. Ces moustiques piquent le jour, à l’intérieur (Aedes aegypti) comme à l’extérieur (les deux espèces). Les espèces hôtes sont l’humain, les primates non humains, les chauves-souris, les oiseaux et les rongeurs. Le virus se transmet aux humains dans toutes les régions où ces moustiques sont établis. Il a été identifié dans plus de 110 pays en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique. La fièvre à virus chikungunya se caractérise par l’apparition soudaine d’une forte fièvre, ainsi que par des douleurs articulaires bilatérales et symétriques incapacitantes. L’infection entraîne couramment des éruptions cutanées et des symptômes gastro-intestinaux. Environ 30 à 40 % des personnes infectées souffriront de séquelles à long terme, sous forme d’arthrite ou de douleurs articulaires. Parmi les complications possibles, on retrouve des symptômes neurologiques, cardiaques et ophtalmiques. Le diagnostic différentiel s’effectue en comparaison avec la maladie à virus Zika et la dengue, qui engendrent des symptômes similaires et se transmettent par les mêmes moustiques.
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Signes et symptômes
Les symptômes typiques d’une infection aiguë par le VCHIK comprennent l’apparition soudaine d’une fièvre de plus de 39 °C, accompagnée d’une polyarthralgie bilatérale sévère (généralement dans les pieds, les chevilles, les poignets et les mains), suivant une période passée dans une région où les moustiquesde genre Aedes aegypti ou Aedes albopictus sont endémiques. La période d’incubation varie de quatre à sept jours. Parmi les autres symptômes courants, on retrouve les maux de tête, la lymphopénie, la diarrhée, les vomissements, les douleurs abdominales ainsi que des symptômes cutanés, y compris une bouffée congestive du visage et du tronc suivie d’une éruption maculopapuleuse. Une infection chronique par le VCHIK cause des symptômes comme la fatigue, les douleurs articulaires, la névrite, la polyarthrite rhumatoïde et la spondylarthrite ankylosante. Le diagnostic différentiel s’effectue en comparaison avec la maladie à virus Zika et la dengue : Le virus Zika provoque généralement des symptômes moins sévères que ceux associés au chikungunya. Quant à la dengue, elle est plus susceptible de causer une neutropénie, une thrombopénie ou une hémorragie.
Pour les professionnels de la santé : le chikungunya – Santé Canada
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Signes et symptômes cliniques de la maladie à virus chikungunya – Centres for Disease Control
Gravité et complications
Entre 30 et 40 % des cas sont associés à des séquelles à long terme, le plus souvent sous forme d’arthralgie, de polyarthrite rhumatoïde et de paraténonite, lesquelles peuvent persister pendant des mois, voire des années. Les complications rares incluent l’uvéite, la rétinite, la myocardite, l’hépatite, la néphrite, la dermatite exfoliatrice, les lésions cutanées bulleuses, les lésions vasculitiques, l’ulcération des muqueuses, l’hémorragie, la méningo-encéphalite, la myélite, le syndrome de Guillain-Barré et la paralysie des nerfs crâniens.
Les morbidités sont fréquentes, mais les mortalités sont rares et touchent surtout les personnes âgées et les nourrissons. Le taux moyen de mortalité est de 0,4 %. Chez les enfants, le taux de mortalité est de 2,8 %. Chez les personnes âgées, il est de 1,6 %.
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Signes et symptômes cliniques de la maladie à virus chikungunya – Centres for Disease Control
Épidémiologie
Le virus a été détecté pour la première fois en Tanzanie, en 1952. Depuis, il s’est répandu dans plus de 110 pays. Des éclosions ont sévi en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe et sur les îles des océans Indien et Pacifique. Le virus pourrait se propager davantage en raison de l’expansion de l’aire de répartition des moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus due aux changements climatiques.
À ce jour, en 2025, 458 840 cas de VCHIK et 146 décès associés au virus ont été signalés dans le monde. Au cours des deux derniers mois (septembre et octobre 2025), neuf foyers de chikungunya ont été déclarés, répartis en Amérique (Brésil, Cuba, Paraguay, El Salvador, Barbade et Bolivie) et en Asie (Chine, Singapour, Pakistan). Depuis le début de 2025, 2 197 cas ont été signalés en Afrique, de même qu’en France (776) et en Italie (384), en Europe continentale.
Maladie à virus chikungunya vue d’ensemble mondiale – Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
Surveillance saisonnière de la maladie à virus chikungunya dans l’UE/EEA, rapport hebdomadaire – Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
Surveillance du chikungunya – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Chikungunya :causes et propagation – Centres for Disease Control
Zones à risque d’éclosion de chikungunya – Centres for Disease Control
Réservoir et transmission
Le virus se transmet le plus souvent par un vecteur : les moustiques femelles Aedes aegypti ou Aedes albopictus. Les réservoirs de VCHIK sont l’humain, les primates non humains, les oiseaux, les chauves-souris et les rongeurs. L’humain est généralement le principal hôte lors d’une épidémie. Lorsqu’un moustique non infecté se nourrit d’un animal infecté, il ingère le virus. Ce dernier se multiplie ensuite jusqu’à ce qu’il entre dans les glandes salivaires. C’est à ce stade qu’il peut se transmettre à un nouvel hôte. Le virus peut se transmettre par contact avec le sang, y compris dans les milieux médicaux et pendant un accouchement. De rares cas de transmission in utero ont également été documentés. Le virus ne semble pas pouvoir se transmettre par l’allaitement. L’allaitement est encouragé chez les mères infectées par le chikungunya ou celles qui vivent dans des zones d’éclosion de la maladie à virus chikungunya. Des cas de transmission par aérosols en contexte de laboratoire ont été signalés.
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Transmission du virus chikungunya – Centres for Disease Control
Période d’incubation
La période d’incubation duVCHIK est généralement de trois à sept jours, mais peut varier d’un à 12 jours.
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Signes et symptômes cliniques de la maladie à virus chikungunya – Centres for Disease Control
Diagnostic
La maladie à virus chikungunya doit être envisagée comme affection chez les patients qui présentent une forte fièvre et une polyarthralgie et qui ont récemment vécu ou voyagé dans des zones de transmission connue. La maladie à virus chikungunya peut être diagnostiquée grâce à une analyse des acides nucléiques dans le sang, le sérum ou le plasma au cours de la première semaine d’infection, à l’aide de la réaction en chaîne par polymérase avec transcription inverse. Après la phase aiguë, la détection des anticorps anti-VCHIK dans le sérum sanguin peut s’effectuer par dosage immunofluorescent et par dosage immuno-enzymatique (ELISA). Les anticorps anti-chikungunya apparaissent généralement une semaine après l’infection. Puisque les anticorps peuvent ne pas être présents pendant la phase aiguë de l’infection, la seule manière d’infirmer définitivement le diagnostic de maladie à virus chikungunya est d’analyser des échantillons prélevés lors de la phase aiguë et de la phase de convalescence. Le test de séro-neutralisation par réduction des plages (PRNT) peut également servir à mesurer le taux d’anticorps neutralisants après la phase aiguë de la maladie. Il est possible d’effectuer une culture virale, bien que le processus soit chronophage et qu’il nécessite des précautions de niveau trois en matière de biosécurité.
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Chikungunya – Organisation mondiale de la Santé
Essais cliniques et diagnostic de la maladie à virus chikungunya – Centers for Disease Control
Prévention et lutte
Les voyageurs à risque de maladie grave, en particulier les personnes âgées et les personnes enceintes, doivent, dans la mesure du possible, éviter de voyager dans les zones où des éclosions sévissent. Si un voyage ne peut être évité, la vaccination devrait être envisagée.
La prévention de la maladie se fait par la prévention des piqûres de moustiques; des précautions doivent être prises pour éviter les piqûres. Par exemple, il est recommandé de porter des vêtements amples traités à la perméthrine, d’utiliser un insectifuge et de veiller à ce que les logements soient munis de moustiquaires bien ajustés aux fenêtres et aux portes. Le risque de piqûres est le plus important juste après le lever du soleil et juste avant le coucher du soleil.
Prévention du chikungunya – Santé Canada
Traitement et prévention de la maladie à virus chikungunya – Centers for Disease Control
Vaccination
L’IXCHIQ est un vaccin vivant atténué approuvé par Santé Canada comme immunisation à dose unique pour les personnes non enceintes de plus de 18 ans.
En août 2025, la FDA américaine a suspendu la licence américaine associée à l’IXCHIQ en raison de préoccupations liées à des événements indésirables graves touchant les personnes âgées. Des individus ont notamment été hospitalisés en raison de problèmes cardiaques et neurologiques. À l’heure actuelle, Santé Canada recommande de ne pas administrer le vaccin aux personnes âgées de 65 ans et plus. Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) recommande aux personnes âgées de plus de 65 ans d’éviter de voyager dans des régions où la transmission du virus est importante.
Pour les professionnels de la santé : le chikungunya – Santé Canada
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Renseignements sur le vaccin contre le chikungunya pour les fournisseurs de soins de santé – Centers for Disease Control
Traitement
Il n’existe pas de traitement précis pour la maladie à virus chikungunya. Le traitement consiste à atténuer les symptômes à l’aide d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et d’antipyrétiques. Afin de réduire le risque d’hémorragie, le diagnostic de dengue doit être entièrement écarté avant l’utilisation d’acide acétylsalicylique. L’équilibre hydrique du patient doit être surveillé et maintenu. En cas d’arthralgie chronique sévère, un traitement par méthotrexate, hydroxychloroquine ou sulfasalazine peut être prescrit.
Pour les professionnels de la santé : le chikungunya – Santé Canada
Traitement du chikungunya – Santé Canada
Virus chikungunya :Fiche technique Santé-Sécurité : agents pathogènes – Santé Canada
Traitement et prévention de la maladie à virus chikungunya – Centers for Disease Control
Où en est l’éclosion actuelle de chikungunya?
Avant 2025, la transmission autochtone soutenue du VCHIK avait été documentée dans 119 pays. En 2025, des éclosions du virus ont commencé à sévir dans plusieurs régions du monde, principalement en Amérique, en Europe et en Asie. À ce jour, en 2025, 458 840 cas et 146 décès associés au virus ont été signalés dans le monde. En septembre 2025, il y avait 228 591 cas suspects (100 329 cas confirmés) dans la région sanitaire de l’OMS en Amérique et 21 299 cas confirmés dans la région sanitaire du Pacifique occidental. Dans la région sanitaire européenne, il y avait 56 456 cas confirmés (concentrés dans les territoires français d’outre-mer de la Réunion et de Mayotte). En Europe continentale, il y avait 1 165 cas confirmés. En Afrique, il y a eu 2 197 cas confirmés.
Maladie à virus chikungunya – situation mondiale – Organisation mondiale de la santé
Maladie à virus chikungunya vue d’ensemble mondiale – Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
Surveillance saisonnière de la maladie à virus chikungunya dans l’UE/EEA, rapport hebdomadaire – Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
Surveillance du chikungunya – Santé Canada
Canada
Aucun cas lié aux éclosions actuelles n’a été signalé au Canada.
Surveillance du chikungunya – Santé Canada
Maladie à virus chikungunya – situation mondiale – Organisation mondiale de la santé
Quel risque présente à l’heure actuelle le chikungunya pour la population canadienne?
Le risque pour la population canadienne est faible. Cependant, les individus qui voyagent dans plusieurs régions du monde peuvent s’exposer au virus VCHIK. Les risques sont plus élevés dans les régions où il y a actuellement une transmission soutenue du virus. Un aperçu des épidémies mondiales actuelles et une carte de la répartition géographique des cas de chikungunya ont été publiés par l’Organisation mondiale de la santé. Ils peuvent être consultés en ligne ici. Les Canadiens et les Canadiennes qui voyagent dans des régions où une éclosion de chikungunya sévit devraient envisager de modifier leur itinéraire ou de se faire vacciner s’ils sont à risque de maladie sévère. Les voyageurs devraient également prendre des précautions afin d’éviter les piqûres de moustiques.
Pour les professionnels de la santé : le chikungunya – Santé Canada
Maladie à virus chikungunya – situation mondiale – Organisation mondiale de la santé
Quelles mesures faut-il prendre en présence de contacts ou de cas soupçonnés de chikungunya?
Gestion des cas et des contacts
Si la maladie à virus chikungunya est suspectée en raison de la présence de symptômes de fièvre, de polyarthralgie après un voyage dans une zone de transmission, des tests PCR avec transcription inverse doivent être effectués. Le traitement clinique doit suivre les directives émises pour la gestion de la dengue en raison du risque accru d’hémorragie et de choc, jusqu’à ce que le diagnostic de dengue soit infirmé. Le traitement de la maladie à virus chikungunya consiste à atténuer les symptômes à l’aide d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et d’antipyrétiques. Les corticostéroïdes et la physiothérapie peuvent être prescrits pour gérer les douleurs articulaires persistantes.
Il n’est pas obligatoire de déclarer la maladie à virus chikungunya à l’échelle nationale au Canada.
Pour les professionnels de la santé : le chikungunya – Santé Canada
Chikungunya :Prise en charge clinique officielle dans les zones endémiques de la dengue – Centres for Disease Control
Traitement et prévention de la maladie à virus chikungunya – Centres for Disease Control
