Point saillants : La syphilis

Dernière mise à jour le November 19, 2018

Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens en santé publique des revues actualisées sur les renseignements essentiels liés aux maladies infectieuses importantes de manière à ce qu’ils servent à la pratique en santé publique au Canada. Bien qu’ils ne soient pas des examens officiels de la littérature, les renseignements sont puisés de sources clés, y compris l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de documents à comité de lecture.

Nous acceptons volontiers vos questions, commentaires et suggestions concernant le présent bulletin et vous pouvez nous les envoyer à l’adresse suivante : Sheikh.Qadar@umanitoba.ca

Quelles sont les caractéristiques importantes de la syphilis?

Cause

La syphilis est une maladie bactérienne sexuellement transmissible causée par Treponema pallidum, sous-espèce pallidum. T. pallidum sous-espèce pallidum cause la syphilis vénérienne; T. pallidum sous-espèce endemicum cause la syphilis endémique (bejel); T. pallidum sous-espèce pertenue, cause le pian tandis que T. carateum cause la pinta.

Après la chlamydia et la gonorrhée, il s’agit de la troisième infection sexuellement transmissible (IST) la plus souvent déclarée au Canada. L’infection peut avoir des conséquences graves sur la santé et passe par trois stades (primaire, secondaire et latente) si elle n’est pas traitée.

Signes et symptômes

Descriptions détaillées des manifestations cliniques à différents stades, et temps d’incubation associé à chacun :

Stade Manifestations cliniques Période d’incubation
Primaire Chancre (se produit généralement lorsque la syphilis est entrée dans le corps et dans des zones parfois difficiles à remarquer telles que le vagin ou l’anus), adénopathie régionale de 3 à 6 semaines
Secondaire Éruption cutanée, fièvre, malaise, adénopathie, lésions muqueuses, condylomes plats, alopécie en plaque ou diffuse, méningite, céphalées, uvéite, rétinite de 2 à12 semaines

(de 2 semaines à 6 mois)

Latent Asymptomatique Précoce : moins d’un an

Tardive : 1 an ou plus

Syphilis tertiaire

   
Stade Manifestations cliniques Période d’incubation
Syphilis cardiovasculaire Anévrisme aortique, régurgitation aortique, sténose ostiale de l’artère coronaire De 10 à 30 ans
Neurosyphilis Céphalées, vertiges, modifications de la personnalité, démence, ataxie, présence du signe d’Argyll Robertson < 2 à 20 ans
Atteinte oculaire de la syphilis Changements de vision, diminution de l’acuité visuelle conduisant à la cécité permanente
Gomme Destruction des tissus de n’importe quel organe; les manifestations dépendent alors de l’organe touché. De 1 à 46 ans (15 ans dans la plupart des cas)

Congénitale

   
Stade Manifestations cliniques Période d’incubation
Précoce Infection fulminante disséminée, lésions mucocutanées, ostéochondrite, anémie, hépato-splénomégalie, neurosyphilis Survenue en moins de 2 ans
Tardif Kératite interstitielle, lymphadénopathie, hépato-splénomégalie, lésions osseuses, anémie, dents de Hutchinson, neurosyphilis Persistance > 2 ans après la naissance

Épidémiologie

Depuis les dernières années, les taux de syphilis au Canada sont en hausse. Selon le Relevé des maladies transmissibles au Canada 2010-2015, de 2010 à 2015, le taux national de syphilis infectieuse au Canada a augmenté de 85,6 %, passant de 5 à 9,3 cas pour 100 000 habitants. Chez les femmes, entre 2010 et 2015, le taux est passé de 0,9 à 1,2 cas pour 100 000 habitants, tandis que chez les hommes, il est passé de 9,2 (2010) à 17,5 cas pour 100 000 habitants (2015). Cependant, ces taux nationaux n’incluent pas les éclosions récentes au Canada – voir ci-dessous.

Diagnostic de laboratoire

Généralement, deux types de tests sanguins sont effectués pour confirmer la syphilis en laboratoire : l’analyse non tréponémique, telle que le test rapide de la réagine plasmatique (RPR), suivi des analyses tréponémiques de confirmation si le test non tréponémique s’avère positif.

La microscopie à fond noir, l’épreuve par immunofluorescence directe (IFD)/indirecte (IFI) ou un test d’amplification des acides nucléiques [TAAN, p. ex., la réaction de polymérisation en chaîne (PCR)] sont des options permettant de tester les lésions de syphilis primaire et secondaire. Les épreuves par immunofluorescence directe (IFD)/indirecte (IFI) ne sont pas fiables pour les lésions buccales et rectales, car des réactions croisées peuvent survenir avec les tréponèmes non pathogènes dans les échantillons oraux et anaux. Le TAAN (p. ex., le PCR) pourrait être utilisé pour ces échantillons. Si le TAAN n’est pas disponible et que les tests sérologiques initiaux sont négatifs, il faut refaire la sérologie 2 à 4 semaines plus tard.

L’analyse tréponémique immuno-enzymatique (EIA) pourrait offrir une méthode plus sensible pour le dépistage de la syphilis. Les analyses tréponémiques comprennent le test d’agglutination passive de T. pallidum (TP-PA), la microhémagglutination-T. pallidum (MHA-TP), le test par immunofluorescence indirecte anticorps tréponémiques (FTA-ABS), l’EIA pour détecter les IgG ou les IgM et le test INNO-LIAMC pour la syphilis. Les anticorps tréponémiques apparaissent plus tôt que les anticorps non tréponémiques et restent généralement détectables à vie, même après un traitement réussi. Au cas où les tests tréponémiques sont positifs, un test non tréponémique avec titre doit être réalisé afin de confirmer le diagnostic et le traitement.

Grossesse

Un test de dépistage systématique devrait être fait à toutes les femmes au moment de leur première visite prénatale. Des analyses de sang doivent être effectuées chez les patients vivant dans des communautés et des populations à prévalence élevée, puis refaites chez les patients à risque au cours du troisième trimestre (28 à 32 semaines) et de nouveau à l’accouchement.

Les enfants nés de mères qui subissent des tests non tréponémiques et tréponémiques réactifs doivent être évalués pour la syphilis congénitale.

Transmission

Le principal mode de transmission est par contact sexuel vaginal, anal ou oro-génital. Très rarement, la syphilis se transmet par un baiser sur la bouche (contact oral), le partage d’aiguilles, une transfusion de sang, une inoculation accidentelle et une greffe d’organe.

En cas de transmission de la femme à l’enfant, la majorité des nourrissons atteints de la syphilis congénitale sont infectés in utero, mais ils peuvent également la contracter par contact avec une lésion génitale active au moment de l’accouchement

Risque de transmission de la mère à l’enfant

Le risque de transmission durant la grossesse pour les femmes non traitées est très élevé dans le cas d’une syphilis primaire ou secondaire (entre 70 et 100 %); il est de 40 % en présence d’une syphilis latente précoce et de 10 % dans les stades tardifs latents de la syphilis. Près de 40 % des grossesses chez les femmes atteintes de syphilis infectieuse entraînent la mort du fœtus.

Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement – Prise en charge et traitement d’infections spécifiques – Syphilis – Transmission

CDC – Maladies transmissibles sexuellement (MTS) – Syphilis – Fiche d’information du CDC – Comment contracte-t-on la syphilis? [en anglais]

Prévention

Il est important que les professionnels de la santé expliquent de façon précise aux patients qui sont actifs sexuellement les risques associés aux différents comportements sexuels, incluant le risque de transmission par contact sexuel oral et qu’ils abordent l’utilisation d’une méthode barrière pendant les relations sexuelles orales. Les patients présentant une syphilis infectieuse confirmée et leurs partenaires devraient s’abstenir d’avoir des relations sexuelles non protégées jusqu’à ce que le traitement des deux partenaires soit terminé et qu’une réponse sérologique adéquate ait été déterminée

Selon le CDC, les interventions faites avec les partenaires, y compris la notification au partenaire, jouent un rôle essentiel dans la prévention de la syphilis.

Pour prévenir la syphilis congénitale, un dépistage prénatal systématique de la syphilis est recommandé.

Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement – Prise en charge et traitement d’infections spécifiques – Syphilis – Prévention et contrôle

CDC – Maladies transmissibles sexuellement (MTS) – Syphilis – Fiche d’information du CDC – Comment peut-on prévenir la syphilis? [en anglais]

Traitement

Vous trouverez ci-dessous le protocole de traitement en fonction des divers stades de la maladie, de même que les thérapies de rechange.

Stade Traitement Autre traitement pour les patients allergiques à la pénicilline
Les adultes, sauf les femmes enceintes, au stade primaire, secondaire et latence précoce

 

Pénicilline G benzathine

2,4 millions d’unités, i.m. en dose unique

Doxycycline 100 mg, p.o., 2 f.p.j., pendant 14 jours

À utiliser dans des circonstances exceptionnelles : Ceftriaxone, 1 g, i.v. ou i.m., chaque jour, pendant 10 jours

Syphilis latente, syphilis latente de durée inconnue, syphilis cardiovasculaire et autre syphilis tertiaire sans atteinte au système nerveux central Pénicilline G benzathine, 2,4 millions d’unités, i.m., une fois par semaine pour 3 doses Doxycycline 100 mg, p.o., 2 f.p.j., pendant 28 jours

Ceftriaxone, 1 g, i.v. ou i.m., chaque jour, pendant 10 jours

Neurosyphilis Pénicilline G, 3 à 4 millions d’unités, i.v., toutes les 4 heures (16 à 24 millions d’unités/jour) pendant 10 à 14 jours Ceftriaxone, 2g, i.v. ou i.m., chaque jour, pendant 10 à 14 jours
Femmes enceintes
Primaire, Secondaire, Latente précoce (durée <1 an) Pénicilline G benzathine, 2,4 millions d’unités, i.m., une fois par semaine pour 1 à 2 doses Aucun autre traitement satisfaisant
Syphilis latente, syphilis latente de durée inconnue, syphilis cardiovasculaire et autre syphilis tertiaire sans atteinte au système nerveux central Pénicilline G benzathine, 2,4 millions d’unités, i.m., une fois par semaine pour 3 doses Aucun autre traitement satisfaisant
Syphilis congénitale Pénicilline G cristalline, 50 000 unités/kg, i.v., toutes les 12 heures pendant la première semaine de vie et toutes les 8 heures par la suite, pendant 10 jours au total
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Quel est l’état de la situation actuelle en lien avec les éclosions de syphilis?

Alberta

Le nombre de cas de syphilis a augmenté de manière constante au cours des cinq dernières années. Au cours des neuf premiers mois de 2018, environ 733 cas ont été rapportés, dépassant les 536 cas de 2017 (hommes, 414 et femmes, 122) et les 422 cas de 2016 (hommes, 370 et femmes, 52).

Colombie-Britannique

Depuis 2010, le nombre de cas de syphilis a augmenté en Colombie-Britannique. Dans la province, environ 546 cas ont été signalés en 2014 (hommes, 521, femmes, 24), 757 en 2015 (hommes, 721, femmes, 28), environ 755 cas ont été signalés en 2016 (hommes, 721, femmes, 33) et environ 685 cas ont été rapportés en 2017.

BCCDC: Reportable Diseases Dashboard, Syphilis Infections [en anglais]

Vancouver Sun-Stigma-free online tests offered as sexually transmitted diseases rise in B.C. [en anglais]

Saskatchewan

Selon l’autorité sanitaire de la Saskatchewan, les cas de syphilis infectieuse ont également fortement augmenté. En 2015, environ 24 cas ont été signalés, tandis qu’en 2016, le nombre de cas est passé à 85, et en 2017, à environ 120. Au cours des huit premiers mois de 2018, environ 72 cas ont été signalés jusqu’à présent.

Autorité sanitaire de la Saskatchewan – Avertissement sur l’augmentation du nombre de cas de syphilis; encourager les pratiques préventives et les tests [en anglais]

Manitoba

En 2015, 205 cas de syphilis ont été signalés, tandis qu’en 2017, l’augmentation était de plus de 400 % par rapport à 2013.

Chez les femmes : En 2015, Santé Manitoba a signalé que les taux de syphilis chez les femmes étaient dix fois plus élevés en 2015 qu’en 2012. Environ 86 % de ces cas étaient des femmes en âge de procréer (de 15 à 39 ans), ce qui augmente le risque de syphilis congénitale. En 2017, environ quatre nouvelles infections sur dix étaient chez les femmes.

Selon l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW), seulement au cours des six premiers mois de 2018 on a rapporté plus de 120 cas (la répartition par sexe n’est pas disponible).

Nunavut

Au Nunavut, environ 82 cas de syphilis ont été déclarés en 2014, soit un taux d’incidence de 227,6 par 100 000 habitants, comparés à 56 cas (153,3 cas par 100 000 h.) en 2015.

Ontario

En Ontario, environ 1 052 et 1 175 cas de syphilis ont été signalés en 2015 et 2016, respectivement. Au cours des six premiers mois de 2018, environ 981 cas ont été signalés.

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Quel est le niveau de risque actuel de syphilis pour les Canadiens?

Les taux de syphilis au Nunavut, en Colombie-Britannique et au Manitoba ont dépassé la moyenne nationale.

 

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Quelles mesures devrait-on prendre pour un cas suspect de syphilis ou un contact?

Gestion des cas et des contacts

Le gouvernement du Canada a élaboré des exigences nationales en matière de notification des cas de syphilis infectieuse et de syphilis congénitale précoce confirmés en laboratoire.

Ces définitions de cas sont strictement aux fins de l’identification et de la déclaration de cas.

Identification et déclaration

L’infection par la syphilis est une infection à déclaration obligatoire à signaler à l’Agence nationale de la santé publique du Canada.

La syphilis non infectieuse (tardive, latente, cardiovasculaire et neurosyphilis) peut être déclarée à l’échelle provinciale ou territoriale, mais pas à l’Agence de la santé publique du Canada.

Contrôle et prévention des infections

Le gouvernement du Canada fournit des lignes directrices pour le contrôle et la prévention de l’infection par la syphilis.

Éviter les activités sexuelles non protégées pouvant provoquer une réinfection jusqu’à ce que les deux partenaires aient terminé leur traitement antibiotique; se soumettre à un dépistage de la syphilis si sexuellement actif; utiliser adéquatement le condom; adopter des pratiques sexuelles sans risque; et éviter le partage des seringues.

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