Introduction

Dans cet épisode, nous nous concentrons sur la maladie de Lyme, une question d’actualité dans les médias et une préoccupation pour les praticiens de la santé publique au Canada. Aujourd’hui, nous examinons le risque de transmission de la maladie Lyme et les stratégies de prévention.

Publication : 2018

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IQ14 : le risque de transmission de la maladie Lyme et les stratégies de prévention

L’animateur : Bienvenue à « Infections en question », une baladodiffusion sur la santé publique produite par le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. Au CCNMI, nous aidons les personnes atteintes de maladies infectieuses à entrer en relation avec des personnes qui ont des réponses.

Dans cet épisode, nous nous concentrons sur la maladie de Lyme, une question d’actualité dans les médias et une préoccupation pour les praticiens de la santé publique au Canada. Aujourd’hui, nous examinons le risque de transmission de la maladie Lyme et les stratégies de prévention.

Notre invitée experte est la docteure Eilish Cleary. Formée en médecine de soins primaires, Dre Cleary a travaillé dans divers pays, notamment en Irlande, en Sierra Leone et dans la nation crie Norway House, dans le nord du Manitoba. Elle travaille actuellement pour le gouvernement fédéral comme spécialiste des médecines traditionnelles des Premières nations et des Inuits. Dans ce balado, Dre Cleary s’entretient avec Zeeshan Qadar du CCNMI.

Zeeshan Qadar : De manière générale, que doivent savoir les professionnels des soins de santé primaires et le personnel de la santé publique à propos de la maladie de Lyme? Y a-t-il des risques particuliers pour certaines personnes par rapport à d’autres?

Dre Eilish Cleary : Bien, la maladie de Lyme est causée par une bactérie appelée Borrelia burgdorferi qui est transportée et transmise par les tiques. On retrouve maintenant des tiques de plusieurs types au Canada; celles qui sont porteuses de la maladie de Lyme sont appelées tiques à pattes noires ou du chevreuil; à l’ouest, en Colombie-Britannique, on retrouve également la tique occidentale à pattes noires. Ces tiques sont présentes dans la majeure partie du Canada depuis de nombreuses années, en particulier dans le sud du pays.

Nous avons donc observé des cas de la maladie de Lyme avec le temps, et maintenant, peut-être à cause du réchauffement du climat, on constate que ces tiques se reproduisent dans des endroits qui, auparavant, ne leur étaient pas propices. Elles recherchent les conditions chaudes, humides et ombragées, et on les retrouve le plus souvent en forêt ou dans les boisés, généralement le long de bordures ou dans les buissons, les feuilles au vent ou dans les hautes herbes. Que ce soit pour le travail ou les loisirs, les personnes qui fréquentent ces zones s’exposent aux tiques. Toutefois, le risque absolu de contracter la maladie de Lyme au Canada demeure faible même s’il va en augmentant. Il est donc important que les fournisseurs de soins de santé connaissent les risques dans leur région pour soigner leurs patients de façon appropriée.

Qadar : Quels sont les principaux mécanismes de transmission de la maladie de Lyme?

Cleary : Pour survivre, les tiques doivent se nourrir de sang et elles s’attachent donc aux animaux et aux humains à cette fin. Elles peuvent se fixer sur n’importe quelle partie du corps, mais se retrouvent souvent dans les plis et les creux, comme l’aine, les aisselles et à la naissance des cheveux. Les études ont montré qu’elles doivent demeurer attachées pendant 36 à 48 heures pour transmettre la maladie, et au moment où elles se fixent à la peau, elles sont souvent très petites. Comme les nymphes, les petites tiques ont la taille d’une graine de pavot et les adultes, celle d’une graine de sésame; elles sont donc difficiles à détecter. Quand elles se nourrissent, elles s’engorgent de sang et deviennent plus faciles à voir et à enlever à ce stade même si, idéalement, elles devraient être retirées le plus rapidement possible.

Qadar : De quelle façon le personnel de santé publique peut-il conseiller le grand public pour la prévention?

Cleary : Et bien, tout d’abord, il y a la prévention en général; on constate que l’évolution de son habitat est probablement attribuable au réchauffement climatique, donc, je pense qu’il est important que tous les prestataires de soins de santé se questionnent sur le rôle qu’ils peuvent jouer et les gestes à poser pour la prévention ou la réduction des changements climatiques. Ensuite, bien sûr, on peut poser certains gestes, protéger notre environnement dans une certaine mesure. On retrouve facilement des conseils en ligne sur la manière de protéger sa cour ou les zones de loisirs pour réduire les risques de voir les tiques s’y installer. En règle générale, il faut couper le gazon assez court, réduire les graminées, couper les broussailles et laisser passer plus de lumière du soleil pour réduire l’humidité et réduire le nombre de tiques.

Pour la protection personnelle, on retrouve de nombreux conseils largement diffusés sur la manière de se prémunir contre les tiques. Par exemple, porter un pantalon long, ce que font souvent les gens quand ils vont en forêt ou dans les bois pour éviter les égratignures, ou utiliser un insectifuge.

Cela ne fait cependant pas l’unanimité. On conseille souvent de porter des vêtements de couleur pâle parce que, comme vous l’avez dit, vous pouvez voir les tiques plus facilement. D’autres disent que les tiques sont attirées par les couleurs claires et que l’on devrait porter des vêtements foncés. D’autres encore ne portent jamais de pantalons longs, car ils croient pouvoir sentir une tique sur leur peau avec un pantalon court. À mon avis, peu importe le choix que fait la personne, le plus important est de savoir qu’il y a un risque d’exposition aux tiques. Ensuite, au retour, il faut s’examiner. On recommande donc aux gens de s’observer une fois par jour s’ils visitent des endroits propices aux tiques, quand ils sont sous la douche également. Il faut vérifier toutes les parties du corps pour voir s’il y a une tique attachée. Si on en détecte une, la retirer rapidement. Encore une fois, on trouve beaucoup de conseils sur Internet pour les retirer correctement. La méthode la plus simple consiste simplement à la retirer avec une pince à épiler et en tirant tout droit, en évitant de laisser une partie de la tique, car cela peut provoquer une infection secondaire.

Qadar : Ma dernière question pour vous est celle-ci… À votre avis, que devraient faire ou savoir le personnel de la santé publique et les fournisseurs de soins primaires pour mieux se préparer à cette maladie infectieuse?

Cleary : Il est essentiel de bien connaître la maladie de Lyme, de savoir qu’elle gagne du terrain et qu’elle n’est pas facile à diagnostiquer. D’abord, il s’agit généralement d’un diagnostic clinique, puis les tests en laboratoire sont importants. Il faut que ces tests soient effectués dans un laboratoire agréé, car les types de tests et l’interprétation sont très importants.

Il n’existe actuellement aucun vaccin pour cette maladie sur le marché, et parce que nous nous attendons à voir une augmentation de cette maladie, il est important d’encourager le travail et la recherche pour un vaccin. Si un patient se présente à nous, il faut également savoir réagir face à un cas de maladie de Lyme ou à un cas potentiel en connaissant particulièrement le risque de la région dans lequelle vous travaillez, car il varie d’une région à l’autre. Comme je l’ai mentionné, le risque absolu est faible et, cependant, dans certaines régions, le risque de transmission de la maladie de Lyme par les tiques est plus élevé et les autorités de santé publique, dans la plupart des administrations, ont des informations précises.

Il est également important de savoir comment manipuler une tique si on en trouve une sur un patient qui a été mordu. De plus, il est très important de ne pas lier l’effet d’une tique infectée par la maladie de Lyme à un diagnostic de maladie de Lyme chez un patient. La seule raison d’envoyer une tique pour analyse est d’enrichir le corpus d’informations de surveillance pour connaître le niveau de risque dans une communauté donnée. Le fait que l’analyse soit positive ne constitue pas en soi une réponse fiable pour traiter un patient de manière appropriée. En fait, les tiques peuvent porter d’autres virus et transmettre d’autres bactéries, et même si une personne est mordue par une tique infectée, jusqu’à 97 pour cent des personnes ne développeront jamais la maladie de Lyme. Nous disons donc qu’il est important de traiter le patient de manière appropriée. Si on souhaite envoyer la tique à des fins de surveillance, cela peut être utile s’il existe un programme prévu par les autorités sanitaires de cette région.

La dernière chose à préciser est qu’il est très important de savoir faire les tests et de connaître les traitements. La plupart des cas de maladie de Lyme peuvent être soignés par antibiotiques administrés sur une courte période, et la prophylaxie des personnes mordues n’est généralement pas recommandée, sauf dans certaines circonstances. Donc, il est important de bien comprendre les directives cliniques pour être en mesure de répondre au patient qui a la maladie de Lyme.

L’animateur : C’est donc la fin de cet épisode de « Infections en question ». Si vous avez des questions de santé publique concernant la maladie de Lyme, envoyez-nous un courriel à l’adresse suivante : nccid@umanitoba.ca ou composez sans frais, le 1 844-847-9698 et transmettez-nous votre question.

« Infections en question » est une production du Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. La production de ce balado a été possible grâce à une contribution financière de l’Agence de la santé publique du Canada. Notez que les opinions qui y sont exprimées ne représentent pas nécessairement celles de l’Agence. L’organisation hôte du CCNMI est l’Université du Manitoba. Visitez www.nccid.ca pour en savoir davantage.