Point saillants : Coqueluche

Dernière mise à jour le juin 29, 2017

Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens en santé publique des revues actualisées sur les renseignements essentiels liés aux maladies infectieuses importantes de manière à ce qu’ils servent à la pratique en santé publique au Canada. Bien qu’ils ne soient pas des examens officiels de la littérature, les renseignements sont puisés de sources clés, y compris l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les documents à comité de lecture.

Ce compte rendu a été rédigé par Aleksandra K. Wierzbowski. Nous acceptons volontiers vos questions, commentaires et suggestions concernant le présent bulletin et vous pouvez nous les envoyer à l’adresse suivante : Sheikh.Qadar@umanitoba.ca.

Quelles sont les caractéristiques importantes de la coqueluche?

Cause et pathogenèse

La coqueluche, ou toux coquelucheuse, une infection contagieuse des poumons et des voies respiratoires, est causée par la bactérie Bordetella pertussis, une petite bactérie aérobie gram négatif. Bordetella pertussis s’attache aux cils qui bordent les voies respiratoires supérieures et libère des toxines qui l’endommagent et provoquent un gonflement des voies respiratoires. La coqueluche est avant tout une maladie à médiation toxique. Les transporteurs chroniques de B. pertussis sont peu communs.

Signes et symptômes

Le stade catarrhal (stade précoce) de la coqueluche ressemble à un rhume normal, avec le nez qui coule, un peu de fièvre et une toux légère et occasionnelle suivie d’un stade paroxystique (stade ultérieur) d’une toux caractéristique incontrôlable, rapide et violente avec une respiration profonde intermittente qui crée un son aigu semblable au « chant du coq » et provoque des vomissements et de l’épuisement.

Les bébés atteints de coqueluche ne présentent souvent pas de toux, mais plutôt de l’apnée (longues pauses respiratoires) et une cyanose (coloration bleue/violette de la peau due au manque d’oxygène).

Malgré une sensibilisation accrue à la coqueluche et le fait qu’on la reconnaisse comme une maladie qui affecte les adolescents et les adultes, elle est souvent négligée dans le diagnostic différentiel de la toux dans cette population. La maladie est généralement moins sévère, et le « chant du coq » typique est moins fréquent chez les adolescents et les adultes.

Sévérité et complications

La coqueluche est une maladie grave chez les bébés, les enfants, les adolescents et les adultes et elle est longue à guérir. Le stade catarrhal de une à deux semaines est suivi d’un stade paroxystique qui peut durer de une à six semaines. Une étape de convalescence progressive suit et peut durer de deux à trois semaines.

La coqueluche peut entraîner des complications graves et parfois mortelles chez les bébés et les jeunes enfants, en particulier chez ceux qui n’ont pas eu un cycle de vaccination complet. Comme les programmes de vaccination commencent à deux mois, les nourrissons de moins de deux mois sont très vulnérables et les adultes et les enfants plus âgés qui vivent autour de ces nourrissons doivent être vaccinés.

Environ 50 % des bébés atteints de moins d’un an nécessitent une hospitalisation, principalement en raison de l’apnée et de la pneumonie. D’autres complications moins fréquentes sont les convulsions et l’encéphalopathie. Un taux de mortalité de 1 % a été noté. Chaque année au Canada, un à trois décès liés à la coqueluche, habituellement en raison de la pneumonie, se produisent en particulier chez les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés ou non immunisés ou partiellement vaccinés.

Chez les adolescents et les adultes, les complications sont moins graves que celles observées chez les bébés et sont souvent causées par la toux elle-même (qui peut persister pendant plus de dix semaines) : fracture des côtes, perte de conscience et perte de contrôle de la vessie. Néanmoins, l’hospitalisation et la pneumonie ont été signalés dans une proportion pouvant aller jusqu’à 5 % et à 2 % des cas, respectivement. La perte de poids peut également constituer une complication importante.

Épidémiologie

Renseignements généraux :

La coqueluche est endémique dans le monde entier, même dans les pays ayant des taux de vaccination élevés. Aucune variation saisonnière n’a été observée. Les taux d’incidence sont les plus élevés chez les jeunes enfants dans les pays où la couverture vaccinale est faible (pays en développement). L’immunisation généralisée, une bonne nutrition et de bons soins médicaux ont donné lieu à une diminution de la prévalence de la coqueluche dans les pays développés. Or, elle est de plus en plus fréquente chez les enfants plus âgés, les adolescents et les adultes en raison de l’immunité décroissante.

Canada

La coqueluche est la deuxième maladie évitable par la vaccination à être déclarée au Canada. Son incidence est plus élevée chez les nourrissons et les enfants, et diminue fortement chez les personnes âgées de plus de 14 ans. La coqueluche est une maladie cyclique atteignant un sommet tous les deux à cinq ans.

Période d’incubation

Habituellement, la période d’incubation de la coqueluche s’échelonne sur 9 à 10 jours, mais peut aller de 6 à 20 jours. Dans de rares cas, elle peut atteindre 42 jours.

Réservoir et transmission

Les humains sont le seul réservoir pour la coqueluche. Les adolescents et les adultes sont souvent la source d’infection chez les nourrissons. C’est une maladie très contagieuse qui se propage facilement par gouttelettes diffusées dans l’air par la toux, l’éternuement ou la respiration. L’infectiosité est à son degré le plus élevé pendant les deux premières semaines suivant l’apparition de la toux. Les bébés sont infectés par des frères et sœurs plus âgés, les parents ou les personnes soignantes qui pourraient même ne pas savoir qu’ils ont la maladie. Les enfants peuvent également contracter une infection par le contact direct avec des jouets manipulés par une personne infectée, puis se frotter les yeux et la bouche.

Bordetella pertussis peut survivre pendant 2 à 5 jours sur des surfaces sèches comme des vêtements, le verre ou le papier.

Diagnostic de laboratoire

La culture est considérée comme l’étalon d’or, mais la réaction en chaîne de la polymérase (RCP) et la sérologie peuvent également être effectuées.

La culture provenant d’un échantillon du nasopharynx (NP) recueilli au cours des deux premières semaines de toux présente une excellente spécificité (100 %) et est particulièrement utile pour confirmer le diagnostic de la coqueluche pendant une enquête sur les éclosions.

La RCP est un test rapide qui, pratiqué à partir de spécimens NP prélevés au cours des trois premières semaines suivant le début de la toux, présente une excellente sensibilité. Le test de RCP avec plusieurs séquences cibles permet une spéciation de Bordetella. Après un traitement antibiotique, ce test est susceptible de donner des résultats faussement négatifs, et après 5 jours de traitement antibiotique, il n’est pas recommandé.

Pour le diagnostic dans les phases ultérieures de la maladie, les tests sérologiques sont plus utiles. Le temps optimal pour la collecte des échantillons est de 2 à 8 semaines après l’apparition de la toux, lorsque les titres d’anticorps sont les plus élevés. Cependant, la sérologie peut être effectuée sur des échantillons recueillis jusqu’à 12 semaines après l’apparition de la toux.

Prévention et contrôle

La prévention et le contrôle de la coqueluche peuvent se faire par vaccination et traitement naturel, infection, traitement antibiotique et prophylaxie et hygiène.

Vaccination

La meilleure protection contre la coqueluche est la vaccination. Au Canada, le vaccin contre la coqueluche n’est disponible que comme préparation acellulaire dans un vaccin combiné. Il existe deux vaccins disponibles, soit celui de la diphtérie, du tétanos et de la coqueluche (DTaP) contenant une concentration plus élevée d’antigène acellulaire contre la coqueluche (aP), recommandé chez les enfants de moins de 7 ans, et celui du tétanos, de la diphtérie et de la coqueluche (Tdap) contenant une concentration plus faible d’antigène acellulaire (ap), recommandé pour les enfants plus âgés et les adultes.

La vaccination systématique contre la coqueluche chez les nourrissons, les enfants et les adolescents est recommandée à 2, 4, 6 et 12 à 23 mois (généralement à 18 mois). Par la suite, un rappel est recommandé à l’entrée à l’école (entre 4 et 6 ans) et 10 ans plus tard (entre 14 et 16 ans).

Une dose de vaccin Tdap est recommandée à l’âge adulte, en particulier pour ceux qui sont en contact ou prévoient un contact avec les enfants.

Malheureusement, ces vaccins ne confèrent pas une immunité durable. Le vaccin actuel contre la coqueluche est très efficace au cours des trois premières années suivant la vaccination, mais l’immunité diminue au cours des années, laissant peu de protection contre la maladie.

Dans les études montrant à quel point la composante de la coqueluche du DTaP fonctionne bien :

  • Presque tous les enfants (98 sur 100) qui obtiennent les cinq doses de DTaP selon le calendrier sont entièrement protégés contre la coqueluche dans l’année suivant la dernière dose.
  • Environ 7 enfants sur 10 qui obtiennent les cinq doses de DTaP selon le calendrier sont entièrement protégés contre la coqueluche cinq ans après avoir obtenu la dernière dose de DTaP.

Dans les études montrant à quel point la composante de la coqueluche du Tdap fonctionne bien :

  • Environ 7 personnes sur 10 sont totalement protégées contre la coqueluche la première année après l’avoir obtenue.
  • Environ 3 ou 4 personnes sur 10 sont totalement protégées contre la coqueluche quatre ans après l’avoir obtenue.
  • CDC – Coqueluche – Vaccinations

Infection

L’infection naturelle offre une immunité naturelle, mais la durée de protection varie de 4 à 20 ans. Par conséquent, comme l’immunité n’est pas à vie, la vaccination est toujours recommandée.

Antibiotiques

La prophylaxie antibiotique peut être recommandée pour les membres de la famille d’une personne ayant un diagnostic de la coqueluche afin de prévenir la propagation de la maladie. On peut aussi recommander la prophylaxie à l’extérieur du ménage à des personnes à risque de maladie grave et à celles qui ont des contacts de routine avec des personnes à risque de maladie grave.

La prophylaxie antibiotique peut être recommandée aux femmes enceintes au troisième trimestre qui ne présentent pas de risque accru, mais pourraient exposer leur nouveau-né à la coqueluche.

Hygiène

Comme beaucoup de maladies respiratoires, la coqueluche se propage par la toux et les éternuements lors de contact étroit avec d’autres personnes qui respirent ensuite la bactérie coquelucheuse. Une bonne hygiène est toujours recommandée pour prévenir la propagation des maladies respiratoires. Pour la pratique d’une bonne hygiène :

  • Couvrir la bouche et le nez avec un mouchoir pour tousser ou éternuer.
  • Jeter le mouchoir utilisé dans la poubelle.
  • Tousser ou éternuer dans la manche ou le coude, et non dans les mains, s’il n’y a pas de mouchoir.
  • Se laver souvent les mains à l’eau et au savon pendant au moins 20 secondes.
  • Utiliser un rince-mains à base d’alcool s’il n’y a pas d’eau ni de savon.
  • CDC – Coqueluche – Prévention et contrôle

Traitement

La coqueluche se traite par antibiotiques. Un traitement précoce avant que commence la toux est très important et peut diminuer la gravité de l’infection. Le traitement peut également prévenir la propagation de l’infection à d’autres personnes. Le traitement empirique est fortement recommandé si les antécédents cliniques sont très évocateurs ou si le patient risque de contracter une forme grave ou compliquée de la coqueluche (nourrissons). Bien que quelques souches aient montré une résistance aux macrolides, il n’y a aucune indication de résistance émergente aux médicaments antimicrobiens.

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Quel est l’état de la situation actuelle en lien avec les éclosions de coqueluche?

En 2017, plusieurs provinces canadiennes, dont l’Alberta, le Manitoba, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick ont​ signalé des éclosions de la maladie. Au cours des dernières années, un nombre de cas plus élevé que d’habitude a été signalé et ce nombre continue d’augmenter chaque année dans de nombreuses provinces.

Alberta

Le 7 juin, une épidémie de 17 cas confirmés de coqueluche a été déclarée dans le sud de l’Alberta, du Fort Macleod à Coaldale. Cette région a connu des taux plus élevés de cas aléatoires de coqueluche au cours des trois dernières années, et l’on constate des taux de vaccination infantile faibles. En date du 29 juin 2017, l’épidémie avait atteint 266 cas de coqueluche. Cent-treize (113) cas, soit le plus grand nombre, ont été signalés dans la partie sud de la province et 15 cas, le nombre le plus bas, ont été signalés dans le nord. Dans la partie sud, sur les 113 cas, 92 ont été liés à l’épidémie actuelle.

Manitoba

Une épidémie de coqueluche dans le sud du Manitoba (Steinbach), liée en partie à des nourrissons qui n’ont pas été vaccinés, a été signalée en janvier 2017, après 10 cas confirmés en décembre 2016 seulement. La coqueluche, bien que considérée comme une maladie rare au Manitoba avec 15 cas en moyenne par année dans la région, a augmenté en incidence depuis 2015 avec des cas supérieurs à la moyenne, ce qui est préoccupant. À ce jour (avril 2017), 41 cas ont été confirmés, dont huit en avril seulement.

Ontario

Sur une période de 10 ans (2005-2015), on a signalé deux foyers avec 1265 cas déclarés en 2006, et 1044 cas, en 2012. Depuis 2014, l’incidence de la coqueluche a été en hausse avec 700 cas signalés en 2015.

Colombie-Britannique

Depuis 2013, l’incidence de la coqueluche est à la hausse avec 958 cas signalés en 2015, soit 20 cas par 100 000 habitants. Un cas de coqueluche dans une école primaire de Victoria a été confirmé par les autorités sanitaires de l’île de Vancouver à la fin de l’année scolaire, en juin 2017.

Nouveau-Brunswick

Depuis le 21 avril 2017, 12 cas de coqueluche ont été confirmés dans une éclosion à la Devon Middle School dans Fredericton et dans la région centrale, ce qui porte le nombre total à 22. Le Nouveau-Brunswick voit habituellement environ 27 cas confirmés à l’échelle de la province chaque année.

Saskatchewan

En mars 2017, 200 cas confirmés et soupçonnés de coqueluche ont été signalés dans la partie nord-ouest de la région sanitaire de Prince Albert Parkland. À partir de 2015, le nombre de cas de coqueluche a été beaucoup plus élevé que par les années précédentes. De plus, une épidémie de coqueluche a été déclarée à Moose Jaw, dans la région sanitaire de Five Hills, avec 4 cas confirmés chez les enfants d’âge scolaire (deux écoles primaires et deux écoles secondaires) en février 2017.

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Quel est le niveau de risque actuel de coqueluche pour les Canadiens?

La coqueluche peut affecter des personnes de tout âge. Cependant, le plus grand risque est parmi les personnes non vaccinées, celles qui sont trop jeunes pour l’être (moins de 2 mois), trop jeunes pour être protégées par une série de vaccination complète (moins de 14 ans) ou celles qui choisissent de ne pas se faire vacciner.

L’immunité à la coqueluche par la vaccination infantile et la maladie naturelle diminue avec le temps. Par conséquent, les adolescents et les adultes qui n’ont pas reçu de vaccination de rappel sont exposés au risque d’infection et à la transmission de la bactérie qui en résulte. Les personnes peuvent contracter la coqueluche plusieurs fois au cours de leur vie, car elles ne développent pas d’immunité permanente.

Recommandations pour les voyageurs

La coqueluche est généralement présente dans le monde entier, même dans les pays où les taux de vaccination sont élevés. Avant un départ, les voyageurs devraient être à jour avec les vaccinations recommandées contre la coqueluche.

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Quelles mesures devrait-on prendre pour un cas suspect de coqueluche ou un contact?

L’ASPC a élaboré des lignes directrices pour aider les fournisseurs de soins de santé à gérer la personne atteinte de la coqueluche et les personnes qui sont en contact avec elle. Ces directives portent sur les signes et les symptômes, le contrôle, la prévention, le dépistage, la vaccination et la déclaration.

De plus, le Guide canadien d’immunisation présente également des lignes directrices sur l’infection par la coqueluche.

Définitions de cas :

L’ASPC a élaboré des directives de notification nationales pour les cas confirmés, les cas probables et les cas suspects de coqueluche.

Ces définitions de cas sont strictement aux fins de l’identification et de la déclaration de cas.

Identification et déclaration :

Les cas confirmés de coqueluche sont des maladies à déclaration obligatoire au Canada.  La surveillance de la coqueluche est menée par des professionnels de la santé publique dans les provinces et les territoires et tous les cas confirmés doivent être signalés à l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) par le biais du Système de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (SSMDO).

La coqueluche est également surveillée par le biais du Programme de surveillance active de l’immunisation (IMPACT), un système de surveillance pédiatrique dans les hôpitaux soutenu par l’ASPC.

Prévention et contrôle de l’infection

Cas

Les cas de coqueluche doivent être signalés aux autorités sanitaires locales. Les cas confirmés et suspects devraient être isolés chez les jeunes enfants et les nourrissons jusqu’à ce que les patients aient pris un traitement antibiotique pendant au moins 5 jours.

Les cas soupçonnés qui ne reçoivent pas d’antibiotiques doivent être isolés pendant 3 semaines après l’apparition d’une toux paroxystique ou jusqu’à la fin de la toux, selon la première occurrence.

Contacts

En cas de contacts, en particulier chez les enfants, on doit vérifier l’état de la vaccination. Si l’état de vaccination est incomplet et qu’aucune contre-indication n’est relevée, des doses recommandées de vaccin doivent être administrées.

On peut trouver des directives spécifiques sur la gestion et le contrôle des maladies à l’échelle provinciale, territoriale ou locale.

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