Point saillants : la rougeole

Dernière mise à jour le mai 1, 2017

Les bilans préparés par le CCNMI visent à fournir aux intervenants et aux médecins de santé publique une information à jour sur les principales maladies infectieuses qui intéressent le secteur. Même si elle ne constitue pas une revue de littérature proprement dite, l’information présentée ici provient de sources incontournables comme l’Agence de santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États Unis et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que d’articles scientifiques.

Vos questions, commentaires et suggestions sont les bienvenus. Écrivez à Sheikh.Qadar@umanitoba.ca.

Quelles sont les caractéristiques importantes de la rougeole?

Cause :

La rougeole est causée par un virus à ARN à simple brin et enveloppé qui appartient au genre Morbillivirus de la famille des paramyxoviridés. Elle est considérée comme une infection virale extrêmement contagieuse.

Signes et symptômes :

Les symptômes de la rougeole se manifestent dans un intervalle de 7 à 18 jours suivant l’exposition au virus; la période d’incubation est de 7 à 21 jours. Ils comprennent habituellement une forte fièvre, de la toux, un écoulement nasal, des yeux rouges, de la somnolence, de l’irritabilité et l’apparition de petits points blanchâtres sur la face interne des joues et de la gorge. Ils sont suivis d’une éruption cutanée qui se propage de la tête aux pieds en l’espace de trois jours. L’éruption cutanée dure de 5 à 6 jours avant de disparaître. On considère que le patient est contagieux pendant les 4 jours qui précèdent son apparition et dans les 4 jours qui suivent. La rougeole est plus susceptible de provoquer des complications chez les nourrissons et les personnes immunodéprimées, mais l’éruption cutanée ne se manifeste pas toujours chez ces dernières.

Gravité et complications :

Les complications courantes comprennent l’otite moyenne, la bronchopneumonie, la laryngotrachéobronchite et la diarrhée. Parmi les plus graves, on signale la cécité, l’encéphalite (une infection qui provoque un œdème cérébral), une diarrhée sévère et une déshydratation, l’otite et certaines infections respiratoires graves comme la pneumonie.

Selon l’ASPC, les complications comme les infections auriculaires et la pneumonie surviennent dans 6 % à 7 % des cas.

Selon le CDC-USA, sur 1000 enfants qui contractent la rougeole, 1 ou 2 mourront de complications respiratoires et neurologiques ayant causé des lésions cérébrales. La panencéphalite sclérosante subaiguë est une maladie dégénérative du système nerveux central qui est rare, mais mortelle. Elle se caractérise par une détérioration comportementale et intellectuelle qui survient généralement de 7 à 10 ans après l’infection rougeoleuse.

Les populations à risque de souffrir de complications graves comprennent les nourrissons et les enfants âgés de moins de 5 ans, les adultes âgés de 20 ans et plus, les femmes enceintes qui contractent la rougeole pendant la grossesse et les personnes immunodéprimées.

Suivant les recommandations de l’OMS, les femmes enceintes et les jeunes enfants non vaccinés, ainsi que toutes les personnes qui ne sont pas immunisées, sont les sujets les plus exposés au risque de rougeole et de complications.

Épidémiologie

Général :

La rougeole reste prévalente partout dans le monde, notamment dans de nombreux pays en développement, dont certaines régions d’Afrique et d’Asie. Selon l’OMS, la rougeole figure parmi les principales causes de mortalité évitable par la vaccination. La majorité (plus de 95 %) des décès attribuables à la rougeole surviennent dans des pays où le revenu par habitant est faible et l’infrastructure de santé fragile.

 

Nombre de cas de rougeole signalés avec la date d’apparition : septembre 2016 à janvier 2017 (période de 6 mois)
Cas de rougeole signalés en 2016 et 2017 par région de l’OMS au 11 avril

Canada :

Depuis l’introduction du vaccin antirougeoleux au Canada en 1963-1964, les cas de rougeole ont diminué de façon notable. Jusqu’en 1963, on dénombrait chaque année de 300 000 à 400 000 cas. En 1992, le Canada s’est fixé l’objectif d’éradiquer la maladie avant 2005; il y est parvenu en 1998, grâce aux progrès substantiels accomplis dans les années 1990. En 1996-1997, les provinces et les territoires ont tous ajouté une deuxième dose de vaccin antirougeoleux à leur calendrier de vaccination systématique.

Des cas importés continuent néanmoins d’être déclarés. Selon l’ASPC, environ 134 ont été signalés entre 1998 et 2013; d’année en année, on observe une variation qui s’étend de 3 cas en 2005 à 29 cas en 2011.

Le nombre total de cas de rougeole signalés s’élevait à 196 en 2015 et à 11 en 2016. Les chiffres pour 2017 sont affichés ici.

Période d’incubation :

La période d’incubation est d’environ 10 jours (elle varie de 7 à 18 jours). L’éruption cutanée peut survenir dans un intervalle de 14 à 21 jours suivant l’exposition.

Réservoir et transmission :

Le seul réservoir de la rougeole est l’espèce humaine. La rougeole est l’une des maladies infectieuses les plus contagieuses et le risque d’attaques secondaires dépasse les 90 % chez les personnes réceptives. Le virus est transmis par contact direct avec les gouttelettes infectieuses (sécrétions nasales ou buccales) ou encore par voie aérienne (lorsqu’une personne infectée respire, tousse ou éternue). Il peut être transmis jusqu’à 4 jours avant l’apparition de l’éruption cutanée et dans les 4 jours qui suivent. Le virus peut survivre dans l’air au moins 2 heures. La transmission dans les lieux de soins peut survenir même lorsque les cas de référence ont quitté les lieux, en raison de la persistance du virus dans l’air ou sur les surfaces de l’environnement.

Diagnostic en laboratoire :

Selon l’ASPC, le diagnostic en laboratoire exige le prélèvement immédiat des échantillons destinés aux tests sérologiques et de détection du virus. Le test sérologique servant à détecter la présence d’anticorps de classe IgM propres à la rougeole est la meilleure méthode diagnostique de routine. La présence de ces anticorps indique une infection aiguë par le virus de la rougeole lorsqu’une éruption est observée et que le cas a été exposé à la maladie lors d’un voyage dans une région endémique ou lorsqu’un lien épidémiologique à un cas confirmé est établi. Les isolats de virus de la rougeole jouent un rôle important tant en ce qui concerne la surveillance (épidémiologie moléculaire) que la confirmation du diagnostic : voilà pourquoi on recommande de prélever des échantillons appropriés chez tous les cas sporadiques. La technique de détection moléculaire RT-PCR constitue le test le plus fiable pour établir un diagnostic définitif. L’isolement du virus constitue aussi un test très spécifique lors que les résultats sont confirmés par une immunofluorescence ou une RT-PCR.

Les anticorps de classe IgM apparaissent à peu près en même temps que l’éruption cutanée et persistent pendant au moins 28 jours. Les anticorps de classe IgG apparaissent à peu près en même temps que les premiers.

Le moment du prélèvement de l’échantillon est un facteur important pour l’analyse en laboratoire. Les échantillons recueillis trois jours avant l’éruption cutanée sont plus susceptibles de produire de faux négatifs.

La détection des anticorps de classe IgM propres à la rougeole et le dépistage de l’ARN viral par RT-PCR sont les méthodes de confirmation les plus courantes. Le génotypage est utile pour lier ou délier des cas et localiser les importations. C’est le seul moyen de distinguer entre un cas de rougeole de type sauvage et une éruption causée par l’administration récente du vaccin antirougeoleux.

Prévention et contrôle :

La rougeole est une maladie évitable par la vaccination. L’ASPC recommande l’administration du vaccin combiné contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO) à tous les enfants âgés de 12 à 15 mois. Une deuxième dose est administrée à 18 mois ou entre l’âge de 4 à 6 mois.

Les cas suspects doivent être signalés le plus tôt possible aux autorités de santé publique locales.

Selon le CDC-USA, les patients immunodéprimés, les femmes enceintes sans preuve d’immunité à la rougeole et les personnes à risque de souffrir de maladie grave ou de complications associées à la rougeole, notamment les enfants âgés de moins de 12 mois, devraient recevoir de l’immunoglobine (IG). Le but de cette mesure, toutefois, ne consiste pas à contrôler les éclosions de rougeole, mais plutôt à les réduire.

Traitement :

Il n’existe pas de traitement spécifique contre le virus de la rougeole. Tous les groupes d’âge peuvent le contracter. Le traitement vise à atténuer les symptômes; on prescrit des antibiotiques pour soigner les infections bactériennes comme la pneumonie et les infections oculaires et auriculaires. L’OMS estime que la vitamine A pourrait réduire de 50 % la mortalité due à la rougeole. C’est pourquoi elle recommande d’administrer, dans les pays en développement, deux doses de complément vitaminique A à 24 heures d’intervalle à tout enfant qui contracte la rougeole. Cette mesure permet de pallier le déficit en vitamine A qu’elle cause même chez les enfants bien nourris, tout en aidant à prévenir les lésions oculaires et la cécité.

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Quel est l’état de la situation actuelle en lien avec les éclosions de rougeole?

Récemment :

Au 10 avril 2017, 26 cas de rougeole ont été signalés au Canada pour l’année en cours. Selon le Système canadien de surveillance de la rougeole et de la rubéole (SCSRR) et le projet pilote sur la surveillance de la rougeole et de la rubéole (MARS), un cas confirmé de rougeole a été signalé au cours de la semaine 4, suivi de deux cas durant la semaine 6, puis d’un cas durant la semaine 7. On relève une augmentation subite au cours de la semaine 8 (4 cas), suivie d’un seul cas durant les semaines 9 et 11. Au cours des semaines 12 et 13, on rapporte respectivement 6 et 10 nouveaux cas, le chiffre le plus élevé jusqu’ici. La Nouvelle-Écosse compte en ce moment le plus grand nombre de cas (11 cas actifs), suivie de l’Ontario (6 cas actifs). Selon l’ASPC, ces cas ont un lien avec 11 cas importés de l’Inde.

En 2017, la rougeole touchait l’Afrique (2260 cas), l’Europe (615 cas), la région orientale de la Méditerranée (407 cas) et la région occidentale du Pacifique (495 cas).

Selon le CDC-USA, 28 cas de rougeole ont été signalés aux États-Unis jusqu’ici en 2017. Dix États sont concernés (Californie, Colorado, Floride, Michigan, Nebraska, New Jersey, New York, Pennsylvanie, Utah et Washington). Un total de 70 cas avait été rapporté en 2016.

  • CDC – Cas de rougeole et éclosions (en anglais seulement)

En 2015, on a dénombré dans le monde 134 200 décès imputables à la rougeole, soit environ 367 décès par jour ou 15 décès par heure.

Alberta :

Au 3 mars 2017, les Services de santé de l’Alberta avaient signalé un seul cas de rougeole.

Colombie-Britannique :

Le Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique a rapporté que deux avions atterris à l’Aéroport international de Vancouver (YVR) transportaient tous les deux des personnes infectées par le virus de la rougeole.

Bureau de santé publique de Toronto :

Trois cas de rougeole liés au voyage ont été confirmés en laboratoire. Un autre cas a été signalé dans le district de Toronto à la Huron Street Junior Public School.

Région de Peel 

Le Bureau de santé publique de Peel enquête sur un cas confirmé chez un enfant de Mississauga.

Nouvelle-Écosse :

Au 4 avril 2017, 13 cas de rougeole avaient été confirmés en Nouvelle-Écosse.

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Quel est le niveau de risque actuel de rougeole pour les Canadiens?

Selon l’ASPC, les personnes qui n’ont jamais contracté la rougeole ou qui n’ont pas été vaccinées adéquatement contre la maladie sont exposées à un risque plus élevé que les autres. Au Canada, on suppose généralement que les adultes nés avant 1970 ont acquis une immunité naturelle en raison des niveaux élevés de circulation du virus avant cette date.

Les personnes les plus à risque de contracter la rougeole sont : les étudiants, les travailleurs de la santé et les voyageurs à destination de pays à l’extérieur de la région des Amériques.

Recommandations destinées aux voyageurs :

Le CDC-USA recommande l’administration d’une dose adéquate du vaccin RRO avant un voyage à l’étranger vers une région du monde où la rougeole reste prévalente : en Europe, en Asie, dans la zone Pacifique et en Afrique.

L’ASPC rapporte qu’en 2015, la Chine a signalé à elle seule 42 000 cas de rougeole et l’Inde, 83 000 cas. La maladie est endémique dans d’autres pays également, comme la Mongolie, le Pakistan, le Nigeria et la Sierra Leone.

L’ASPC conseille aux voyageurs de consulter un prestataire de soins de santé ou de visiter une clinique santé-voyage six semaines avant le départ. Elle recommande également :

  1. de se faire vacciner
  2. de se laver les mains souvent
  3. d’observer les règles d’hygiène au moment de tousser ou d’éternuer
  4. de surveiller son état de santé

L’ASPC fournit aussi des instructions précises concernant le transport aérien, les voyages en mer à bord d’un navire de croisière et d’autres modes de transport.

L’ASPC classe les maladies infectieuses présentes dans le monde selon quatre niveaux de risque. La rougeole est considérée comme une maladie de niveau 1.

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Quelles mesures devrait-on prendre pour un cas suspect, ou un contact, de rougeole?

Prise en charge des cas et des contacts :

L’ASPC recommande de signaler le plus tôt possible les cas de rougeole aux autorités de santé publique. Actuellement, une petite fraction seulement des cas suspects et probables sont des cas confirmés de rougeole.

Pour être en mesure de fournir les services d’intervention appropriés et déterminer la période de transmissibilité, il est essentiel de recueillir des données sur les cas et les personnes susceptibles d’avoir été exposées. Les étapes nécessaires à l’investigation d’un cas sont la confirmation du diagnostic, les antécédents de vaccination, la source d’infection et le risque de transmission.

Dans les 24 heures suivant le signalement d’un cas suspect de rougeole, tous les contacts doivent être identifiés et définis comme à risque ou non à risque. L’état d’immunisation des contacts communautaires des cas doit être vérifié pour en déterminer la réceptivité au virus de la rougeole.

 Définitions de cas :

L’ASPC a défini des lignes directrices touchant les déclarations relatives aux cas confirmés, aux cas probables, à l’information du laboratoire et aux manifestations cliniques.

Identification et signalement :

Selon les directives de l’ASPC, tout cas suspect de rougeole doit être signalé de toute urgence à l’organisme de santé publique local. Pour prévenir la transmission, le patient devrait être isolé pendant une période de 4 jours dès l’apparition de l’éruption cutanée. Pour obtenir les lignes directrices en matière de signalement, consultez l’autorité compétente dans votre province.

Contrôle et prévention des infections :

L’ASPC fournit des instructions détaillées sur les mesures de prévention et de contrôle de l’infection à observer dans les cas suspects ou confirmés de rougeole dans l’objectif de freiner les éclosions de la maladie.

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