Point saillants : Candida auris

Dernière mise à jour le August 20, 2019

L’infection à Candida auris est difficile à diagnostiquer, et l’absence d’un diagnostic peut donner lieu à sa propagation. Elle est difficile à traiter et sa multirésistance soulève également des inquiétudes quant à l’augmentation de la transmission. Il y a une forte tendance aux épidémies. Tous ces facteurs font de C. auris un problème de santé publique.

Les cliniciens au Canada devraient vérifier et examiner tous les protocoles ou directives sur C. auris en vigueur dans leur province ou territoire.

Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens en santé publique des revues actualisées sur les renseignements essentiels liés aux maladies infectieuses importantes de manière à ce qu’ils servent à la pratique en santé publique au Canada. Bien qu’ils ne soient pas des examens officiels de la littérature, les renseignements sont puisés de sources clés, y compris l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de documents à comité de lecture.

Quelles sont les principales caractéristiques de l’infection à Candida auris?

  1. auris est un champignon pathogène d’apparition récente, apparenté à Candida albicans et qui se répand rapidement dans le monde entier. C’est une cause émergente rapide d’infections fongiques multirésistantes contractées à l’hôpital. Ces infections peuvent être superficielles, telles que les infections cutanées, ou invasives telles que les infections sanguines. La colonisation et la prolifération ont été identifiées comme la source des infections invasives.

L’infection à C. auris touche principalement les patients hospitalisés ou immunodéprimés. Les infections invasives à tout Candida peuvent être fatales. Des taux de mortalité bruts d’environ 30 à 60 % ont été rapportés pour C. auris (1).

 

Signes et symptômes :

Les infections à C. auris peuvent se présenter de la même manière que d’autres Candida spp., allant de la colonisation aux infections localisées, telles que l’otite moyenne et externe, aux infections du sang et aux syndromes de sepsis.

Les symptômes courants de l’infection à C. auris sont la fièvre et les frissons qui ne s’améliorent pas après le traitement antibiotique d’une infection bactérienne suspectée. Les patients récemment hospitalisés ayant eu l’insertion d’un cathéter veineux central ou d’autres conduites ou tubes ou ayant déjà reçu des antibiotiques ou des antifongiques, semblent présenter un risque d’infection élevé. De plus, les voyageurs hospitalisés à l’étranger, y compris les touristes à des fins médicales, pourraient être à risque de contracter C. auris.

Des complications métastatiques telles que la spondylodiscite, l’endocardite et la ventriculite ont été associées à C. auris. Des atteintes des organes respiratoires, urogénitaux, abdominaux, cutanés et des tissus mous ont également été rapportées.

 

Transmission

  1. auris peut être transmis dans les établissements de soins de santé, notamment les établissements de soins de longue durée, après un contact avec des surfaces ou des équipements contaminés ou un contact avec une personne infectée. Selon des expériences antérieures, on suppose que le pathogène C. auris résistant à plusieurs antibiotiques pourrait contaminer l’environnement d’une pièce où se trouvent des patients colonisés ou infectés.

 

Prévention et contrôle de l’infection

Les cliniciens au Canada devraient vérifier et examiner tous les protocoles ou directives sur C. auris en vigueur dans leur province ou territoire.

Les cas identifiés de C. auris doivent être placés dans une chambre individuelle avec toilettes réservées. Le personnel hospitalier doit porter de l’équipement de protection notamment des gants, une blouse à manches longues, un masque chirurgical et un équipement de protection des yeux. De plus, il faut accorder une attention particulière à l’hygiène des mains et redoubler de prudence pendant le transfert de patients au sein d’un établissement ou d’un établissement à un autre et lors du nettoyage de l’environnement. Des protocoles appropriés de prévention et de contrôle des infections et un nettoyage de l’environnement peuvent aider à prévenir la transmission dans les établissements de santé.

Des éclosions nosocomiales sont à prévoir, car les patients peuvent rester colonisés ou leur milieu peut rester contaminé pendant des semaines, voire des mois, après une infection. Des thermomètres axillaires à usage multiple et des brassards de tensiomètre ont été associés à des éclosions de grande envergure des hôpitaux du Royaume-Uni et d’Espagne.

Les désinfectants cationiques de surface et les désinfectants à l’ammonium quaternaire sont inefficaces contre C. auris. De plus, C. auris est relativement résistant à l’effet des rayons ultraviolets. Toutefois, le gluconate de chlorhexidine, la povidone iodée, l’eau de Javel et la vapeur d’H2O2 semblent efficaces.

 

Enjeux liés au diagnostic

« C. auris peut être difficile à dépister à l’aide des épreuves de laboratoire courantes, ce qui peut retarder l’identification et l’isolement des patients colonisés ou infectés. » (1)

C auris est difficile à diagnostiquer. Ce pathogène peut être identifié avec précision par des appareils de spectrométrie de masse à temps de vol par désorption-ionisation laser assistée par matrice (Matrix Assisted Laser Desorption Ionisation – Time of Flight [MALDI-TOF]) dont les bases de données comprennent C. auris et par des méthodes de séquençage moléculaire. Les épreuves d’identification biochimiques couramment utilisées dans les laboratoires de microbiologie clinique ne sont pas assez fiables pour identifier C. auris.

 

Investigation des cas

Tous les cas de C. auris identifiés, quel que soit le niveau de résistance antimicrobienne, doivent être immédiatement investigués pour déterminer la source probable de C. auris et évaluer le risque de transmission au sein de l’établissement. Les facteurs de risque d’acquisition du C. auris devraient être cernés chez tous les patients ou résidents ayant obtenu un résultat positif au test de dépistage du C. auris, y compris l’hospitalisation ou l’obtention de soins de santé par le passé (p. ex. dialyse, chirurgie ambulatoire) dans un établissement de soins de santé canadien où s’est produite la transmission du C. auris, ou encore dans un établissement de soins de santé de l’extérieur du pays.

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Comment faire pour détecter et je’rer Candida auris

Source : Schwartz, Smith and Dingle, 2018. Something wicked this way comes: What health care providers need to know about Candida auris. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2018 44(11).

Santé publique Ontario – janvier 2019 – Investigation des cas

Mesures à prendre Façon de procéder
Abréviations : C. aurisCandida auris; CDC, Centers for Disease Control and Prevention; É.-U., États-Unis
Maintenir un indice de suspicion élevé Envisager C. auris chez les patients qui :

  • ont reçu des soins de santé dans des pays (ou des États américains) où C. auris est répandu, d’après la surveillance des CDC
  • présentent un syndrome clinique évocateur d’une candidose et ne répondent pas au traitement antifongique empirique, et chez lesquels une levure atypique ou non identifiée a été isolée
Rechercher précisément C. auris Consulter un microbiologiste ou un spécialiste des maladies infectieuses

Transférer les isolats suspects ou confirmés au laboratoire provincial approprié pour les soumettre à d’autres tests, ou les envoyer au Laboratoire national de microbiologie

Traiter l’infection par C. auris en prenant des mesures rigoureuses de prise en charge clinique des infections et d’intervention en matière de santé publique Aviser l’équipe responsable de la prévention et de la prise en charge des infections de l’établissement

Aviser les responsables locaux de la santé publique, qui en informeront leurs homologues provinciaux et territoriaux (ceux-ci signaleront la situation à l’Agence de la santé publique du Canada)

Placer le patient dans une chambre privée et adopter les précautions courantes contre les contacts

En cas de maladie symptomatique, instaurer le traitement, de préférence en se fondant sur les directives d’un spécialiste des maladies infectieuses (le traitement d’une colonisation asymptomatique n’est pas recommandé)

Prescrire le nettoyage de l’environnement de soins du patient au moyen d’un désinfectant sporicide sur une base quotidienne et à la fin du séjour

Permettre aux responsables locaux de la santé publique d’entreprendre la recherche des contacts et le dépistage dans le cadre de l’évaluation de la transmission de C. auris

Prescrire un écouvillonnage mixte de l’aisselle et de l’aine des patients lorsqu’il est indiqué pour le dépistage

Information sur le traitement et la prise en charge

Le traitement de C. auris pose problème en raison de sa résistance aux antimicrobiens. Les isolats de C. auris sont moins sensibles aux antifongiques que les autres espèces de Candida, mais les profils de sensibilité semblent être liés au clade géographique. Plus de 90 % des souches sont résistantes au fluconazole, environ 30 à 40 % d’entre elles sont résistantes à l’amphotéricine B et entre 5 et 10 % d’entre elles ont été résistantes aux échinocandines. Une résistance à deux classes d’antifongiques a été observée dans 41 % des isolats testés à l’échelle mondiale. Rarement, les isolats peuvent être résistants aux trois principales classes d’antifongiques.

Consulter : Relevé des maladies transmissibles au Canada – volume 44-11 – Un micro-organisme redoutable à nos portes : ce que les fournisseurs de soins de santé doivent savoir au sujet de Candida auris

 

Épidémiologie

Le premier cas de Candida auris a été signalé en 2009 au Japon dans l’oreille d’un patient infecté. Depuis, des cas d’infection par C. auris ont été signalés dans au moins 30 pays répartis sur six continents.

Au Canada, le premier cas connu de Candida auris multirésistant a été signalé en juillet 2017 chez une personne qui souffrait depuis deux ans de troubles récurrents de l’oreille après un voyage en Inde, incluant une hospitalisation pour un abcès du cerveau après une chirurgie buccale.

Il y a des raisons de croire que la hausse des températures attribuable aux changements climatiques contribue à la propagation de C. auris (2).

Quel est l’état de la situation actuelle en lien avec les éclosions de C. auris?

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, environ 20 cas de C. auris ont été signalés entre 2012 et juin 2019, dont 6 cas dans le centre du Canada (Québec ou Ontario) entre 2012 et 2017, et 14 cas dans l’ouest du Canada (Manitoba , Saskatchewan, Alberta ou Colombie-Britannique) entre 2014 et juin 2019.

 

Déclaration

Selon la dernière description fédérale de C. auris au Canada, les cliniciens devraient informer l’équipe responsable de la prévention et de la prise en charge des infections de l’établissement ainsi que les responsables locaux de la santé publique, qui, à leur tour, informeront leurs homologues provinciaux/territoriaux. Ces deniers signaleront la situation à l’Agence de la santé publique du Canada.

Les cliniciens au Canada devraient vérifier et examiner tous les protocoles ou directives sur C. auris en vigueur dans leur province ou territoire.

De plus, l’Agence de la santé publique du Canada « souhaite être informée de tout autre cas d’infection confirmée par C. auris (qu’elle soit résistante ou non au médicament) par courrier électronique à l’adresse CARS-SCSRA@phac-aspc.gc.ca.

Voir la diapo 16 en cliquant ici : Public Health Agency of Canada communication notice–Emerging global healthcare associated infection–Antimicrobial resistant issue–Candida auris. [en anglais]

Aux États-Unis, les cas de C. auris sont à déclaration obligatoire à l’échelle nationale et doivent être signalés dans de nombreux États. Une fois que le pathogène a été identifié, les laboratoires doivent signaler immédiatement les cas à l’État ou au service de santé local et au CDC.

CDC – General information about Candida auris [en anglais]

 

Références

  • Schwartz IS, Smith SW, Dingle TC. 2018. Something wicked this way comes: What health care providers need to know about Candida auris. Can Commun Dis Rep 2018; 44 (11):271–6. https://doi.org/10.14745/ccdr.v44i11a0
  • Casadevall A, Kontoyiannis DP, Robert V. 2019. On the emergence of Candida auris: Climate change, azoles, swamps, and birds. mBio 10:e01397-19. https://doi.org/10.1128/mBio.01397-19
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