Point saillants : EV-D68

Dernière mise à jour le January 19, 2015

Après avoir consulté les praticiens de la santé publique, y compris les médecins hygiénistes en chef provinciaux et territoriaux et le personnel de l’Agence de la santé publique du Canada, on a décidé qu’il serait utile de fournir une revue rapide de l’éclosion actuelle d’entérovirus pour les praticiens canadiens de la santé publique.

Aux fins de préparation du présent bilan, on a puisé de l’information de nombreuses sources, y inclus l’Agence de la santé publique du Canada, les organismes provinciaux de santé publique, les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, d’autres organismes de santé publique américains, le MMWR (Morbidity and Mortality Weekly Report), le ProMED, des reportages des médias et de la documentation antérieure, même s’il ne s’agissait pas d’une recension officielle de la documentation.

Puisqu’il semble y avoir relativement peu d’observations et d’analyses sur les cas et les éclosions spécifiquement associés à l’EV-D68, la plupart de l’information fournie dans le présent bilan est axée sur des données partielles tirées de rapports récents et antérieurs liés aux éclosions, ou encore extrapolée des connaissances à notre disposition sur des virus semblables. Le CCNMI compte actualiser le présent document au besoin. Toute question ou suggestion serait grandement appréciée.

Que sont les Points saillants? Pour savoir davantage sur la manière dont on recueille l’information, voir notre page dédiée au but et aux méthodes de nos Points saillants.

Que sait-on sur les éclosions actuelles et passées de l’entérovirus D68 (EV-D68)?

Éclosion actuelle

Canada

Au 9 décembre 2014, il y avait des cas confirmés en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard.

Au 4 novembre 2014, un total de 214 échantillons obtenus à l’échelle du Canada et analysés au LNM entre les mois d’août et octobre 2014 a donné des résultats positifs pour l’EV-D68. Cela ne correspond pas à l’ensemble des cas d’EV-D68 observés au Canada, car certaines provinces effectuent leurs propres tests de dépistage du virus.

Depuis septembre 2014, le British Columbia Centre for Disease Control (BCCDC) mène une surveillance améliorée des cas d’EV-D68 confirmés en laboratoire de concert avec l’Agence de la santé publique du Canada. Durant la surveillance améliorée du 1er septembre au 31 décembre 2014, 221 cas d’EV-D68 ont été détectés en Colombie-Britannique, dont au moins 140 nécessitaient des hospitalisations. La surveillance améliorée est terminée le 31 décembre 2014.

Le 16 octobre 2014, le premier décès enregistré au Canada en lien avec un résultat positif de l’EV-D68 obtenu en laboratoire a été confirmé par le BCCDC. Le patient avait des antécédents d’asthme grave et était hospitalisé lorsqu’il a développé une insuffisance respiratoire. Au total, depuis la mi-août, trois mortalités (un enfant, une personne adulte et une personne âgée) associées avec l’EV-D68 ont été signalées par la Colombie-Britannique. Cependant, le degré du rôle ou du facteur contributif exact de l’EV-D68 de ces manifestations graves reste incertain.

Les Laboratoires de Santé publique Ontario n’ont pas détecté l’EV-D68 jusqu’à la fin du mois d’octobre 2014 et ont cessé d’effectuer des analyses du virus le 1er décembre. On a mentionné qu’ils commenceraient les analyses de nouveau le 3 août 2015. L’Alberta a documenté 111 cas confirmés en laboratoire entre le 1er juillet et le 7 novembre 2014, mais au 4 décembre, le nombre de cas restait inchangé.

Dans le cadre d’un projet-pilote d’une durée limitée pour la surveillance des effets graves, l’ASPC collabore avec des provinces et des territoires participant à la collecte de renseignements cliniques et épidémiologiques supplémentaires sur les cas d’EV-D68 chez des patients hospitalisés. De plus, l’ASPC collabore avec le Sentinel Physician Surveillance Network (réseau de surveillance sentinelle) afin de déterminer si certains des syndromes grippaux bénins observés dans la communauté pendant la saison grippale de 2013-2014 étaient attribuables à l’EV-D68.

L’éclosion actuelle a commencé au Canada le 15 septembre 2014, quand les Services de santé de l’Alberta (Alberta Health Services) avaient signalé 18 cas d’EV-D68 parmi des patients hospitalisés de moins de 18 ans. Neuf cas étaient des enfants admis à l’Hôpital des enfants de Calgary (Calgary Children’s Hospital) avec un diagnostic d’asthme ou de bronchiolite entre le 1er et le 11 septembre 2014.

Liens et références connexes

États-Unis

Selon les CDC, on a confirmé en laboratoire 1 153 cas d’EV-D68 dans 49 États entre la mi août et le 15 janvier 2015. L’on a détecté l’EV-D68 dans des échantillons de 14 patients morts aux É. U. Le rôle de l’EV-D68 dans ces décès fait l’objet d’une enquête.

L’éclosion actuelle aux États-Unis a commencé au mois d’août 2014, quand deux hôpitaux pédiatriques du Mid-Ouest américain (Children’s Mercy Hospital de Kansas City et le Medicine Comer Children’s Hospital de l’University of Chicago) ont signalé une augmentation du taux d’hospitalisation et d’admission aux soins intensifs occasionnée par une maladie respiratoire grave accompagnée d’une hausse de détection de rhinovirus et d’entérovirus au moyen d’un test PCR d’échantillons de prélèvements nasopharyngiens. Le 8 septembre 2014, les CDC annonçaient la confirmation de 30 cas dans ces deux hôpitaux et la tenue d’enquêtes sur les éclosions présumées dans différentes régions à l’échelle des États-Unis.

Les CDC ont obtenu une séquence génomique complète et six autres séquences génomiques presque complètes de virus représentant les trois souches connues d’EV-D68 responsables d’infections en ce moment.

La comparaison de ces séquences avec celles d’années antérieures montre qu’elles sont génétiquement apparentées à des souches d’EV-D68 qui ont été détectées durant les années précédentes aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Les CDC ont soumis les séquences à la banque génétique GenBank pour les rendre disponibles à la communauté scientifique afin qu’elle poursuive les tests et analyses.

Le 14 octobre 2014, les CDC ont publié un communiqué de presse annonçant qu’ils ont mis au point et utilisent un nouveau test de laboratoire plus rapide pour le dépistage de l’EV-D68 dans les échantillons de patients souffrant de troubles respiratoires aux États-Unis.

Parmi les plus de 2600 échantillons évalués par le laboratoire des CDC, environ 36 pour cent étaient positifs pour l’EV-D68. Le tiers a eu un résultat positif pour un rhinovirus ou un entérovirus autre que l’EV-D68.

Ce nouveau test de laboratoire a permis aux CDC de traiter rapidement le millier d’échantillons et plus qui ont été reçus depuis la mi-septembre.

Le nouveau test de laboratoire des CDC est fondé sur une technique de transcription inverse suivie d’une réaction en chaine  de la polymérase « en  temps réel », ou rRT-PCR; il permet d’identifier toutes les souches d’EV-D68 qui ont été signalées aux États-Unis cet été et cet automne.

Compte tenu de la diminution du nombre de cas d’infection à l’EV-D68 et de l’augmentation du nombre de cas d’infection par d’autres virus comme celui de la grippe ou le virus respiratoire syncytial, les CDC ont interrompu leur rapport hebdomadaire sur les maladies similaires à l’EV-D68. Dans leur dernier rapport de la semaine du 26 octobre au 1 novembre, 47 États et le District de Columbia ont soumis leurs comptes rendus aux CDC relatifs aux maladies qui ressemblent à l’EV-D68. Alors que 37 États et le District de Columbia ont rapporté de l’activité basse ou diminuante, 7 États ont rapporté de l’activité élevée, et 3 États ont rapporté de l’activité croissante.

De plus amples renseignements se trouvent au site Web des CDC sur l’entérovirus-D68.

Le taux réel ou estimé des cas suspects ou probables au Canada ni aux États-Unis n’a pas été décrit à l’aide d’une surveillance axée sur la population ou d’une autre méthode systématique.

Pour la semaine du 26 octobre au 1 novembre, 47 États et le District de Columbia ont soumis leur comptes rendus aux CDC relatifs aux maladies qui ressemblent à l’EV-D68. Alors que 37 États et le District de Columbia ont rapporté de l’activité baisse ou diminuante, 7 États ont rapporté de l’activité élevée, et 3 États ont rapporté de l’activité croissante.

De plus amples renseignements se trouvent au site Web des CDC sur l’entérovirus-D68. 

Le taux réel ou estimé des cas suspects ou probables au Canada ni aux États-Unis n’a pas été décrit à l’aide d’une surveillance axée sur la population ou d’une autre méthode systématique.

• Dans la plupart des cas d’EV-D68, le rétablissement s’est fait dans les quelques jours suivant l’offre de soins de soutien, dont une grande proportion a nécessité des soins intensifs et une ventilation artificielle.

Paralysie flasque aiguë

  • Depuis septembre 2014, les CDC et divers services de santé tant canadiens qu’américains ont étudié des rapports traitant de cas d’enfants et de jeunes adultes atteints de faiblesse ou de paralysie musculaire aiguë chez qui l’EV?D68 avait été détecté dans des échantillons provenant des voies respiratoires.
  • Le 30 septembre, le Centre for Disease Control de la Colombie-Britannique a émis un avis par le biais de ProMED-mail fournissant des détails de deux cas d’EV-D68 confirmés avec des manifestations paralytiques. Depuis la mi-août, un total de cinq cas de trouble neurologique (trois pédiatriques, deux adultes) associés à l’EV-D68 a été signalé en Colombie-Britannique. Cependant, le degré du rôle ou du facteur contributif exact de l’EV-D68 de ces manifestations graves reste incertain.

On enquête aussi sur des cas avec manifestations paralytiques en Alberta et en Ontario pour établir s’il existe un lien avec l’EV-D68.

  • Le 26 septembre 2014, les CDC ont émis un avis sanitaire à la suite de l’étude d’un groupe de neuf (maintenant dix) enfants présentant un trouble neurologique aigu de cause inconnue, qui ont été hospitalisés au Children’s Hospital Colorado (Hôpital pour enfants du Colorado) entre le 9 août et le 17 septembre 2014. Les spécialistes des CDC essaient d’établir s’il existe des liens entre cette série de troubles neurologiques et l’éclosion de cas d’EV-D68 d’automne 2014.
  • Le National Center for Immunization and Respiratory Diseases (NCIRD) des CDC qualifie maintenant cette maladie de myélite flaccide aiguë (du fait de l’observation systématique de l’inflammation de la matière grise de la moelle épinière). Ils publient des mises à jour périodiques concernant l’enquête menée par les CDC.

Du 2 août au 14 janvier 2015, les CDC ont vérifié des rapports portant sur 107 cas de 34 états qui répondaient à leur définition de cas. Pour être considéré comme étant un cas d’infection dans cette enquête, un patient doit présenter TOUS les critères suivants (quatre critères) :

  1. patient de 21 ans ou moins,
  2. apparition aiguë d’une faiblesse focale des membres,
  3. symptômes apparus le 1er août 2014 ou après, ET
  4. IRM montrant une lésion de la moelle épinière limitée en grande partie à la matière grise.
  • Le NCIRD a publié de l’information destinée à aider les cliniciens et les responsables de la santé publique à gérer les soins des enfants atteints de myélite flaccide aiguë qui répondent à la définition de cas des CDC, intitulée Acute Flaccid Myelitis: Interim Considerations for Clinical Management (Myélite flaccide aiguë : Considérations provisoires aux fins de gestion clinique).

Liens et références connexes

Éclosions passées

(Voir le tableau 1)

  • Bien que des poussées d’infections virales respiratoires estivales et automnales ne soient pas inhabituelles, qu’elles soient associées aux rhinovirus, aux entérovirus ou à d’autres pathogènes, les caractéristiques d’éclosions antérieures de EV-D68 rapportées et survenues en Asie, en Europe et aux États-Unis étaient similaires mais ne semblent pas aussi généralisées que la poussée actuelle. Les mentions de décès sont rares.
  • On a signalé six éclosions au cours des cinq dernières années (Philippines, 2008, 21 cas confirmés; Japon, 2010, ≥120 cas confirmés; Pays-Bas, 2009, 24 cas confirmés; Géorgie (É.-U.), 2009, six cas confirmés; Pennsylvanie (É.-U.), 2009, 28 cas confirmés; Arizona (É.-U.), 2010, cinq cas confirmés.
  • Généralement, les entérovirus circulent l’été et l’automne en climat tempéré.
  • Les éclosions de maladies à entérovirus avaient tendance à se produire selon un cycle de plusieurs années. Les éclosions d’EV-D68 sont habituellement survenues pendant ou après la saison normale d’infections à entérovirus.
  • Au Canada, on a signalé des cas sporadiques d’infections à l’EV-D68, mais aucune éclosion qui revêtirait une importance en matière de santé publique n’a été rapportée. Ces chiffres seraient imputables à la fréquence de dépistage en plus de l’occurrence de la maladie.

Liens et références connexes

tableau1_EVd68
Tableau 1.

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Tableau 1 : Éclosions d’EV-D68 antérieurement déclarées de 2008 à 2010

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Qu’est-ce qu’on connaît sur la science et l’épidémiologie de l’entérovirus D68 (EV-D68)?

Taxonomie

  • Il existe un lien entre les caractéristiques biologiques et épidémiologiques de l’entérovirus D68 (EV-D68) et des rhinovirus humains (RVH). Ces virus sont des espèces du genre Entérovirus de la famille des Picornaviridae.
  • On a reconnu environ 100 sérotypes d’entérovirus non poliomyélitique; l’EV-D68 (identifié en 1962) en est un qui est moins communément identifié et signalé.
  • Par le passé, les sérotypes d’entérovirus humain étaient classés en catégories dont les suivantes : les échovirus, les virus Coxsackie du groupe A et B et les poliovirus. La taxonomie actuelle englobe les caractéristiques moléculaires et biologiques qui ont, dans un premier temps, donné les quatre espèces d’entérovirus humains soit l’entérovirus humain (EVH) A, B, C et D. Maintenant, ils sont plus nombreux.
  • Les appellations des espèces d’entérovirus et de rhinovirus ont récemment été modifiées et on a supprimé le nom de l’hôte (humain) pour y ajouter le numéro du type de la désignation de l’espèce. Par conséquent, on appelle dorénavant l’entérovirus humain 68 (EVH-68) l’EV-D68.

 

Liens et références connexes

Charge de morbidité

  • Depuis qu’on a d’abord identifié le virus en 1962 à la suite de quatre cas survenue en Californie, on compte au moins six éclosions rapportées qui ont un lien avec l’EV-D68 et elles ont toutes eu lieu après 2008.
  • Il est possible, même s’il soit improbable, qu’un nombre de cas important sporadiques et d’éclosions d’EV-D68 (aussi bien que des maladies associées à l’entérovirus) aient eu lieu sans avoir fait l’objet de tests précis.
  • Il est probable que pour les cas d’EV-D68 ou les éclosions les plus graves, on ait commandé des tests et signalé la maladie, ce qui aurait donné un biais de détection pour ce qui est de la gravité de la maladie observée.

Liens et références connexes

    • CDC MMW Report, Sept. 30, 2011 : Clusters of Acute Respiratory Illness Associated with Human Enterovirus 68 — Asia, Europe, and United States, 2008–2010 (en anglais)

 

Groupes à risque élevé :

  • Les enfants et les personnes adultes peuvent être touchés, mais les enfants constituent le groupe d’âge dominant dans les cas et les éclosions déclarés.
  • On associe un précédent de maladies respiratoires (asthme, sifflements, bronchiolite) aux cas infantiles, notamment les enfants qui ont été atteints d’une maladie plus grave.
  • La dominance des cas graves chez les enfants s’explique par les faits suivants : 1) une exposition élevée 2) une immunité plus faible et 3) des voies respiratoires plus petites.
  • Le groupe d’âge le plus communément touché correspond aux enfants âgés de 0 à 4 ans, mais environ un quart des cas déclarés par le passé correspondait aux personnes adultes âgées de >20 ans.
  • Les cas des personnes adultes ont été associés à l’immunodéficience.

 

Éclosions passées : Groupes à risque élevé

    • Parmi les 95 cas décrits dans les six éclosions déclarées, 54 (57 %) personnes étaient âgées de 0 à 4 ans, 11 (11,6 %) étaient âgées de 5 à 9 ans, 12 (12,6 %) de 10 à 19 ans et 18 (19 %) de plus de 20 vingt ans.
    • Aux Pays-Bas, (24 cas), il y avait présence d’une maladie sous-jacente chronique chez à peu près 80 % des patients (la moitié étaient âgés de plus de 20 ans. En Géorgie (six cas), il y avait une immunodéficience dans deux cas (personnes âgées de plus de 50 ans).

Liens et références connexes

      • CDC MMW Report, Sept. 30, 2011 : Clusters of Acute Respiratory Illness Associated with Human Enterovirus 68 — Asia, Europe, and United States, 2008–2010

Éclosion actuelle : Groupes à risque élevé
(Voir le tableau 2)

Au 4 novembre 2014, les deux tiers des 150 cas confirmés en laboratoire observés en Colombie-Britannique étaient des enfants de moins de 10 ans (tranche < 1 à > 80 ans), et 57 % des cas de sexe connu étaient de sexe masculin.

    • Parmi les cas de Kansas City (19 cas), 10 (53 %) étaient des hommes et des garçons dont l’âge moyen était de quatre ans et la tranche d’âge de six semaines à 16 ans. Parmi les cas de Chicago (11 cas), 9 (82 %) étaient des femmes et des filles dont l’âge moyen était de cinq ans et la tranche d’âge de 20 mois à 15 ans.
    • À Kansas City, 13 cas (68 %) avaient des antécédents d’asthme ou de sifflements et seuls cinq cas (26 %) étaient fébriles. À Chicago, huit cas (73 %) avaient des antécédents d’asthme ou de sifflements et seuls deux cas (18 %) étaient fébriles.

Liens et références connexes

Gravité

  • Puisque les tests de virus et les tests spéciaux de sous-typage d’espèces sont plus probables pour les cas graves, on s’attendrait à ce qu’on déclare une proportion élevée de cas d’EV-D68 chez les patients aux soins intensifs et chez ceux qui nécessitent une ventilation artificielle. En dépit de ce fait, il y avait peu de rapports de décès dans l’éclosion actuelle.

Éclosions passées : Gravité

    • Les six éclosions précédentes (95 cas) de maladies respiratoires associées à l’EVH-68 et décrites dans le présent bilan avaient un lien avec une maladie respiratoire en allant d’une maladie anodine qui ne nécessitait pas une hospitalisation à une maladie grave qui nécessitait des soins intensifs (≥20/95) et une ventilation artificielle. Dans les Philippines, les 21 cas étaient tous des patients pédiatriques hospitalisés en raison d’une pneumonie. Trois cas ont été mortels.

Liens et références connexes

      • CDC MMW Report, Sept. 30, 2011 : Clusters of Acute Respiratory Illness Associated with Human Enterovirus 68 — Asia, Europe, and United States, 2008–2010

Éclosion actuelle : Gravité
(Voir le tableau 2)

    • À Kansas City, 100 % des patients des 19 cas d’EV-D68 (et 15 % de tous les cas de maladies respiratoires) ont été admis aux soins intensifs pédiatriques. Quatre cas ont nécessité des dispositifs de ventilation en pression positive à double niveau. À Chicago, les patients de 10 cas (91 %) ont été admis aux soins intensifs pédiatriques en raison de détresse respiratoire; deux ont nécessité une ventilation artificielle dont un patient a également reçu une oxygénation extracorporelle et deux ont nécessité une ventilation en pression positive à double niveau.

Liens et références connexes

Caractéristiques cliniques

  • On a signalé que l’EV-D68 entraîne des maladies respiratoires allant d’anodines à graves. Cependant, le spectre entier de la maladie EV-D68 n’a pas été bien défini.
  • La plupart des infections à entérovirus sont probablement asymptomatiques (source : note de la rédaction dans le CDC-MMW Report du 30 septembre 2011). Les manifestations cliniques varient beaucoup et comprennent les voies respiratoires supérieures et inférieures (symptôme évocateur du rhume ou syndrome grippal, atélectasie, pneumonie, obstruction des voies respiratoires), la fièvre, une éruption cutanée et un trouble neurologique tel que la méningite aseptique et l’encéphalite. Par contraste, on associe l’EV-D68 le plus souvent aux symptômes qui se manifestent dans les voies respiratoires inférieures.

Éclosions passées : Caractéristiques cliniques

    • Les caractéristiques cliniques décrites dans six éclosions précédentes incluent : Les Philippines (21 cas) – toux, difficulté à respirer, sifflements et tirage; Japon (11 cas) – bronchite asthmatique ou pneumonie (10/11), convulsions fébriles (1/11); Pays-Bas (24 cas) – maladie respiratoire grave, y compris la pneumonie, l’asthme, l’exacerbation et les sifflements; Géorgie (six cas) – fièvre (5/6), toux (4/6); Arizona (cinq cas) – toux et tachypnée ou hypoxémie, résultat anormal d’un examen des poumons, nouvelle apparition de sifflements; Pennsylvanie (28 cas) – les caractéristiques ne sont pas décrites.

Liens et références connexes

      • CDC MMW Report, Sept. 30, 2011 : Clusters of Acute Respiratory Illness Associated with Human Enterovirus 68 — Asia, Europe, and United States, 2008–2010

Éclosion actuelle: Caractéristiques cliniques
(Voir le tableau 2)

    • La description des manifestations cliniques obtenue des patients récents du Kansas (19 cas) et de Chicago (11 cas) comprennent : de la difficulté à respirer et l’hypoxémie (19/19), les sifflements (4/19), une maladie fébrile (5/19 et 2/11), des infiltrats pulmonaires péri-hilaires détectés par des radiographies des poumons (~19/19) souvent accompagnés d’atélectasie et de détresse respiratoire (10/11).
    • Une minorité de cas présentent une forme de maladie aiguë neurologique caractérisé par une faiblesse aux extrémités, un dysfonctionnement des nerfs crâniens (p. ex., diplopie, affaissement facial, dysphagie ou dysarthrie), ou tous les deux.

table2evd68_FRETableau 2 : Caractéristiques des cas d’EV-D68 de trois hôpitaux pédiatriques, août 2014

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Quelles sont les interventions en matière de santé publique qu’on pourrait considérer actuellement?

  • L’ASPC a travaillé en étroite collaboration avec les représentants de la santé publique des États-Unis et elle suit la situation de près. En collaboration avec la Société canadienne de pédiatrie, elle a rappelé l’importance de faire preuve de vigilance et d’être à l’affût de tout cas d’EV-D68 éventuel aux pédiatres en février 2014 lorsque les premiers cas graves sont survenus aux États-Unis.
  • En l’absence d’un vaccin ou d’autre intervention de prophylaxie, les mesures de santé publique devraient inclure les suivantes :
    • Sensibilisation du public (voir le point 4 ci-dessous);
    • Éducation des fournisseurs de soins de santé (voir le point 5 ci-dessous);
    • Surveillance sentinelle des cliniques et des laboratoires visant à repérer les cas d’EV-D68;
    • Meilleure surveillance des cas de maladies respiratoires graves.
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Quelles sont les connaissances que l’on pourrait utiliser pour renseigner le grand public?

  • Comme prévu, des cas de EV-D68 ont été détectés chez les patients hospitalisés atteints d’infections respiratoires aiguës. Une augmentation des cas de maladies respiratoires virales aiguës est fréquente à cette saison de l’année, après la rentrée à l’école quand les entérovirus ont tendance à augmenter leur circulation.
  • Sans tenir compte de l’ampleur du risque élevé qui existe à l’heure actuelle, on peut se permettre de faire le point auprès des Canadiens et de les encourager à prendre les mesures de précaution habituelles pour se protéger contre le rhume et la grippe en se lavant les mains, en respectant l’étiquette respiratoire, en évitant le contact des muqueuses et en restant à la maison lorsque malade.
  • En l’absence de symptômes autres que ceux qu’on associe à une infection des voies respiratoires supérieures, il n’y a ordinairement aucune raison d’avoir recours aux soins d’un professionnel de la santé à moins qu’il y ait des facteurs de risque précis tels que des antécédents d’asthme ou d’immunodéficience. Cependant, la présence de symptômes liés aux voies respiratoires inférieures, tels que les sifflements, la toux, l’essoufflement sont toutes des indications qui exigeraient que le fournisseur de soins de santé fasse une évaluation prompte ou d’urgence.
  • L’ASPC a créé une page Web sur les entérovirus non poliomyélitiques, qui présente des mises à jour en santé publique sur l’entérovirus-D68, et un message de l’administrateur en chef de la santé publique du Canada sur l’entérovirus-D68.
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Quelles sont les connaissances que l’on pourrait utiliser pour renseigner les praticiens de la santé publique?

  • À l’heure actuelle, l’approche clinique aux patients atteints d’infections des voies respiratoires supérieures devrait être celle qu’on utilise habituellement, à l’exception d’une observation fine des enfants ayant des antécédents d’asthme ou des personnes adultes immunodéficientes, spécialement ceux qui, dans l’espace de cinq jours, auraient eu un contact certain avec une personne malade.
  • Le EV-D68 possède des caractéristiques biologiques qui ressemblent au rhinovirus et aux autres entérovirus. Il est donc probable qu’il se propage par gouttelettes ainsi que par contact direct et indirect, en particulier chez les enfants. Hors des précautions habituelles, des mesures contre le contact et contre les gouttelettes doivent être prises en considération pour les cas suspects, en particulier chez les enfants. Jusqu’à date il n’y a pas de ligne directrice qui conseille les masques pour les procédures médicales aérosologènes.
  • Les antiviraux pleconaril, pocapavir et vapendavir présentent une bonne activité contre un large éventail d’entérovirus et de rhinoviruses. Cependant, les CDC ont testé l’activité de ces médicaments contre des souches d’entérovirus D68 (EV-D68) présentement en circulation, et aucun d’entre eux n’est efficace contre l’EV-D68 à des concentrations cliniquement significatives.
  • L’EV-D68 étant un virus sans enveloppe, la désinfection générale des surfaces dans les établissements de santé doit être effectuée à l’aide d’un désinfectant approuvé pour les hôpitaux, arborant la mention EPA pour n’importe lequel de plusieurs virus sans enveloppe (p. ex., norovirus, poliovirus, rhinovirus).
  • Les cliniciens doivent se laver les mains avec un rince-mains à base d’alcool ou à l’eau savonneuse chaque fois qu’ils enlèvent des gants et avant d’en enfiler.
  • Bien que l’écouvillonnage rectal et les échantillons fécaux servent de moyens habituels dans la détection moléculaire et le typage de la plupart des cas d’entérovirus, les écouvillonnages nasopharyngiens et oropharyngiens des voies respiratoires semblent être les moyens les plus utilisés et propices à la collecte d’échantillons dans le dépistage de l’EV-D68.
  • Un test de laboratoire positif pour les entérovirus non poliomyélitiques de certains échantillons, tels que les écouvillonnages rectaux et des voies respiratoires, n’indiquent pas forcément que le virus soit à l’origine de l’infection. On peut éliminer les virus non poliomyélitiques sur une période prolongée après la résorption des symptômes.
  • Certains tests diagnostiques pourraient ne pas détecter l’EV-D68 ou pourraient donner une fausse identification comme, par exemple, le RVH. Le test de référence pour la détection de l’EVH68 est un séquençage partiel des gènes de protéines de structure VP4-VP2 ou VP1.

Les professionnels de la santé devraient :

• Savoir que l’EV-D68 pourrait entraîner des éclosions de maladies respiratoires graves, et possiblement des symptômes neurologiques sévères, notamment chez les jeunes enfants;
• Considérer la commande de tests de laboratoire d’échantillons prélevés des voies respiratoires et du LCF pour les entérovirus lorsqu’il se présente une maladie respiratoire sévère, qu’elle soit accompagnée ou non par des abnormalités neurologiques aiguës;
• Signaler les cas et les éclosions des maladies respiratoires graves, accompagnés ou non par des abnormalités neurologiques aiguës.

Liens et références connexes

Test de diagnostic et surveillance au Canada

    • Les entérovirus non poliomyélitiques, y compris l’EV-D68, ne sont pas des maladies à déclaration obligatoire à l’échelle nationale, mais certaines régions pourraient avoir des protocoles de déclaration liés aux entérovirus destinés aux professionnels de la santé. Les fournisseurs de soins de santé devraient se reporter aux protocoles de leur région sur les maladies transmissibles.
    • La Section du poliovirus et des entérovirus de l’Agence de la santé publique du Canada (laboratoire des entérovirus et des virus entériques de la Division des maladies virales) offre des services diagnostiques de référence, de typage moléculaire et de surveillance clinique des infections pertinentes liées au poliovirus humain et aux entérovirus non poliomyélitiques au Canada. Cette section se charge de déterminer le type des isolats d’entérovirus non poliomyélitiques dans le but d’effectuer une surveillance des infections à entérovirus émergentes et pertinentes.
    • Le protocole d’enquête de l’ASPC pour les cas de maladie respiratoire grave (surtout chez les patients qui ont récemment voyagé) devrait inclure une recherche virologique et le sous-typage dans le but d’identifier des espèces particulières de cultures d’entérovirus.
    • Selon le LNM, les meilleurs échantillons sont les cultures de virus ou les écouvillonnages nasaux.

Liens et références connexes

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