Point saillants : MERS-CoV

Dernière mise à jour le December 15, 2015

Les Points saillants du CCNMI offrent aux praticiens et aux cliniciens canadiens en santé publique des revues actualisées sur les renseignements essentiels liés aux maladies infectieuses importantes de manière à ce qu’ils servent à la pratique en santé publique au Canada. Bien qu’ils ne soient pas des examens officiels de la littérature, les renseignements sont puisés de sources clés, y compris les documents à comité de lecture, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Nous acceptons volontiers vos questions, commentaires et suggestions concernant le présent bulletin des points saillants sur le MERS-CoV et vous pouvez nous les envoyer à l’adresse suivante : ccnmi@umanitoba.ca.

Que sont les Points saillants? Pour savoir davantage sur la manière dont on recueille l’information, voir notre page dédiée au but et aux méthodes de nos Points saillants.

source de l’image : NIAID

Quelles sont les caractéristiques importantes du MERS-CoV?

CAUSE

Le syndrome respiratoire du Moyen-Orient est une nouvelle maladie respiratoire chez les humains à coronavirus qui est entraînée par un nouveau coronavirus (MERS-CoV). Elle a d’abord été signalée en Arabie saoudite en 2012 et depuis, elle s’est propagée dans plusieurs autres pays.

Les coronavirus font partie d’une grande famille de virus et sont communs partout dans le monde. Ils peuvent infecter les êtres humains et les animaux. Chez les humains, les coronavirus causent habituellement des maladies liées aux voies respiratoires supérieures dont l’innocuité est soit bénigne ou moyenne, mais certains peuvent entraîner des maladies graves, comme nous l’avons vu lors de l’éclosion du SRAS en 2003.

SIGNES ET SYMPTÔMES

La manifestation clinique des infections au MERS-CoV se présente sous forme de maladies asymptomatiques ou de symptômes respiratoires bénins allant à une maladie grave ou la mort. Le MERS-CoV s’affiche ordinairement par une fièvre, une toux, une myalgie et par un essoufflement. La pneumonie est souvent présente. Les symptômes gastrointestinaux comprennent l’anorexie, la nausée, le vomissement, les douleurs abdominales et la diarrhée. Une maladie aigüe peut entraîner des complications graves telles qu’une insuffisance respiratoire et rénale.

SÉVÉRITÉ

Le taux de mortalité des infections au MERS-CoV se situe entre 27 et 36 %. Dans la plupart de ces cas, il existait d’autres affections sous-jacentes et un système immunitaire affaibli.

ÉPIDÉMIOLOGIE

On a établi un lien entre tous les cas de MERS et les pays situés près ou à l’intérieur de la péninsule d’Arabie. On croit que les infections ayant eu lieu à l’extérieur de cette région auraient été contractées au Moyen-Orient et qu’elles auraient ensuite été exportées à l’extérieur de la région. Depuis avril 2012, les cas de MERS-CoV ont été signalés au sein des pays du Moyen-Orient suivants : Jordanie, Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis, Oman, Koweït, Yémen, Liban et Iran. D’autres pays qui ont signalé des cas de MERS-CoV sont la France, l’Italie, la Tunisie, le Royaume-Uni et la République de Corée (Corée du Sud) et tous ces cas étaient liés à des voyages au Moyen-Orient.

L’éclosion qui a eu lieu au sein de la République de Corée (d’abord signalée le 20 mai 2015) est la plus importante à l’extérieur du Moyen-Orient et a commencée par un seul cas exporté et lié à des voyages au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis et Bahreïn). À la suite de ce cas, nous avons vu la transmission interhumaine aux contacts proches et aux travailleurs de la santé qui prodiguaient des soins aux patients avant même que le MERS soit soupçonné ou diagnostiqué.

L’âge des patients touchés par le MERS varie entre moins d’un an et 99 ans. Le virus semble entraîner des maladies plus graves chez les personnes plus âgées et chez les personnes qui sont atteintes de comorbidités telles que le cancer, des maladies pulmonaires chroniques et le diabète ou qui ont un système immunitaire affaibli. Le taux d’infection est plus élevé chez les hommes que chez les femmes. Le risque d’infection est plus élevé chez les personnes qui sont exposées aux chameaux. Les travailleurs de santé sont plus à risque de contracter la maladie s’ils ne suivent pas les mesures de précaution indiquées en matière de prévention et de contrôle. Le taux d’incidence croissant du MERS-CoV qu’on voit aux mois de mars et avril laisse entendre qu’il existe une tendance saisonnière qui pourrait avoir un lien avec le sevrage des jeunes chameaux, qui a lieu au printemps chaque année, ou avec la saison de mise bas et un nombre plus élevé de chameaux vulnérables qui éliminent le virus en début de printemps.

Selon les CDC, les personnes qui pourraient être plus à risque pour le MERS-CoV sont les suivantes :

  1. celles qui ont récemment voyagé à la péninsule d’Arabie;
  2. personnes en contact étroit avec une personne malade ayant voyagé à la péninsule d’Arabie;
  3. personnes qui auraient récemment visité un établissement de soins de santé de la République de Corée;
  4. personnes en contact étroit avec des cas confirmés de MERS;
  5. travailleurs de santé qui n’auraient pas suivi les mesures de lutte indiquées contre l’infection;
  6. personnes qui auraient été exposées aux chameaux.
Période d’incubation du MERS

La période entre l’exposition d’une personne au MERS-CoV et le début des symptômes est habituellement de cinq à six journées, mais elle peut aussi être de deux à 14 journées. Au Canada, on estime qu’un délai approximatif raisonnable et sûr servant à déterminer les antécédents d’exposition devrait tenir compte des 14 journées précédentes.

RÉSERVOIR ET TRANSMISSION

Le MERS-CoV est un virus zoonotique qui se transmet par les animaux aux personnes. On croit que le virus s’est d’abord manifesté chez les chauves-souris qui, dans un passé lointain, les ont transmis aux chameaux. Les chameaux agissent probablement de principal réservoir hôte et de source animale pour l’infection à MERS-CoV chez les personnes. Bien que des études récentes laissent entendre que les chameaux servent de source primaire de l’infection au MERS chez les personnes soit par contact direct ou indirect avec des animaux infectés ou avec des produits liés aux chameaux (p. ex., le lait cru des chameaux), on ne connaît pas le rôle exact joué par les chameaux dans la transmission du virus et la voie de transmission exacte.

Infections interhumaines : On croit que la transmission du MERS-CoV, comme c’est le cas pour d’autres coronavirus, se fait en commençant par les sécrétions des voies respiratoires d’une personne infectée, par exemple, la toux. Par contre, le virus ne semble pas se transmettre facilement d’une personne à l’autre à moins qu’il y a ait un contact étroit, par exemple, lorsqu’on offre des soins aux patients sans équipement de protection. On sait que des personnes infectées ont transmis le MERS-CoV à d’autres dans des milieux de soins de santé, tels que les hôpitaux. Jusqu’ici, aucune transmission interhumaine soutenue n’a été observée. Les cas secondaires ont tendance à être plus bénins que les cas primaires et on a signalé beaucoup de cas secondaires comme étant asymptomatiques. On associe les cas secondaires aux milieux de santé et domestiques. On a établi un lien entre tous les cas signalés et les pays situés près ou à l’intérieur de la péninsule d’Arabie.

DIAGNOSTIC EN LABORATOIRE

On obtient une confirmation en laboratoire de la présence du virus au moyen (a) du test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) conçu pour détecter le MERS-CoV avec un maximum de deux cibles ou séquences distinctes ou (b) de l’isolement du virus dans la culture du tissu, ou encore, (c) d’un test sérologique mené dans un centre de collaboration de l’OMS selon les méthodes établies.

On utilise la technique de transcription inverse et de réaction en chaîne de la polymérase en temps réel (rRT-PCR) pour les échantillons prélevés du sérum et des voies respiratoires des cas suspects. Les CDC recommandent trois types de prélèvement d’échantillon soit les voies respiratoires inférieures, les voies respiratoires supérieures et les échantillons sérologiques aux fins du test rRT-PCR pour confirmer le MERS.

Les tests de laboratoire devraient suivre le Protocole d’enquête microbiologique concernant les infections respiratoires aiguës sévères (IRAS) publié par le Réseau des laboratoires de santé publique du Canada.

PRÉVENTION ET CONTRÔLE

L’ASPC offre des conseils sur la prévention et le contrôle des infections (PCI) aux organismes et aux travailleurs de santé concernant la gestion des patients qui se présentent aux établissements de santé au Canada et qui sont soit des cas suspects ou confirmés de MERS-CoV, ou qui ont eu un contact étroit avec un cas confirmé.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les centres américains de prévention et de contrôle des maladies (CDC) et l’ASPC ont également distribué des recommandations sur la prévention et le contrôle des infections à coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) au sein du milieu de la santé.

Pour les membres du grand public, l’OMS propose de respecter les mesures d’hygiène générales lorsqu’on visite des exploitations agricoles ou les granges, y compris le lavage des mains avant et après le contact avec les animaux, le fait d’éviter le contact avec les animaux malades et de suivre les pratiques alimentaires saines. De plus, l’OMS recommande que les personnes à risque élevé pour les maladies graves, telles que les personnes immunodéficientes et celles atteintes du diabète, d’une maladie respiratoire chronique ou qui souffrent d’une insuffisance rénale prennent des précautions lorsqu’elles visitent des endroits où les chameaux sont présents.

VACCINS

À l’heure actuelle, il n’existe aucun vaccin homologué, malgré qu’il existe plusieurs vaccins expérimentaux en cours de développement pour lutter contre le MERS-CoV. À titre d’exemple, les chercheurs des National Institues of Health, en collaboration avec d’autres enquêteurs, y compris l’Agence de la santé publique du Canada, ont mis au point un vaccin expérimental synthétique à base d’ADN qui peut générer des anticorps et servir de protection contre le MERS-CoV chez les souris, les singes et les chameaux.

TRAITEMENT

Le traitement en est un de soutien et est adapté à la condition clinique du patient. Il n’existe aucun traitement antiviral qui pourrait être recommandé pour une infection à MERS-CoV. Les personnes atteintes du MERS peuvent se chercher des soins médicaux sous forme de traitement de symptômes qui offrirait un soutien aux fonctions vitales des organes.

Haut de page 

Quel est l’état de la situation actuelle en lien avec les éclosions de MERS-CoV?

Entre septembre 2012 et le 27 novembre 2015, on a averti l’OMS de 1621 cas confirmés en laboratoire d’infection au MERS-CoV et d’au moins 584 décès à l’échelle mondiale liés au même virus (voir la section sur l’épidémiologie ou la carte des pays touchés qui figure ci-dessous).

 CAS CONFIRMÉS DU SYNDROME RESPIRATOIRE DU MOYEN-ORIENT – CORONAVIRUS (2012-2015) (en anglaise seulement)

MERS map

CAS CONFIRMÉS D’INFECTION AU MERS-COV SUR LE PLAN MONDIAL (en anglaise seulement)

 

MERS curve

 

Haut de page 

Quel est le niveau de risque actuel du MERS-CoV pour les Canadiens?

Aux dires de l’ASPC, on considère que le risque posé par le MERS-CoV à la santé publique au Canada est faible. Aucun cas n’a été signalé au Canada. Dans les cas secondaires d’ailleurs, il y avait eu un contact étroit avec des personnes infectées par le MERS-CoV, y compris des membres de la famille et des travailleurs de santé. L’OMS n’a pas jugé que l’éclosion du MERS-CoV représentait une urgence de santé publique de portée internationale pour les raisons suivantes : (a) on n’a pas observé une transmission communautaire soutenue et (b) jusqu’ici, il n’existe aucune donnée probante qui nous porterait à croire qu’une mutation ou modification génétique importante du virus aurait eu lieu.

RECOMMANDATIONS AUX VOYAGEURS

L’ASPC n’a publié aucune restriction sur les voyages liée au MERS-CoV, mais elle a affiché des conseils de santé aux voyageurs canadiens qui prévoyaient visiter les régions touchées ou faire des pèlerinages soit le Hadj et la Oumra.

L’OMS ne recommande pas un dépistage spécial pour le MERS-CoV aux points d’entrée ni l’application de restrictions sur les voyages ou le commerce à part les précautions générales sur les voyages et sur la santé qui visent la réduction du risque d’infection telles que l’hygiène des mains, les pratiques favorisant la salubrité alimentaire et une bonne hygiène personnelle. Elle recommande également de prendre connaissance du fait que le risque pourrait être plus élevé pour les voyageurs atteints de conditions médicales chroniques (p. ex., le diabète, les maladies de cœur, la maladie du rein, les maladies respiratoires).

Haut de page 

Quelles mesures devrait-on prendre pour un cas suspect, ou un contact, de MERS-CoV?

GESTION DES CAS ET DES CONTACTS

L’ASPC a élaboré des lignes directrices courtes en vue d’appuyer les travailleurs de santé dans la gestion de personnes infectées au MERS-CoV et elles comprennent les volets de dépistage, d’évaluation, de traitement, de tests et de la communication des résultats.

De plus, l’ASPC a mis au point des conseils en vue de faciliter le confinement lorsqu’il s’agit de cas de MERS-CoV importés (ou de contacts) suspects ou confirmés au Canada.

DÉFINITIONS DE CAS

L’ASPC a élaboré des définitions nationales de cas aux fins de surveillance pour les cas confirmés, les cas probables et les personnes faisant l’objet d’une enqûete (POE). Ces définitions ne sont pas substituts de l’évaluation professionnelle d’un clinicien ou d’un praticien dans le cadre de la gestion individuelle des patients. Elles servent strictement à des fins d’identification et de déclaration des cas.

IDENTIFICATION ET DÉCLARATION

On devrait avertir en temps opportun les autorités publiques du nom des patients qui font l’objet d’une enquête. Selon l’Agence de la santé publique du Canada, les cliniciens chargés d’enquêter sur les cas suspects de MERS-CoV devraient communiquer ces cas aux autorités de la santé publique locales, provinciales et territoriales qui, en revanche, communiquent les cas confirmés et probables aux autorités nationales dans un délai de 24 heures.

PRÉVENTION ET CONTRÔLE DES INFECTIONS

L’ASPC recommande qu’en plus de l’adoption de pratiques routinières, qu’on prenne des précautions appropriées contre la transmission par contact et par gouttelettes lorsqu’il s’agit de patients qu’on soupçonne être infectés par le MERS-CoV ou chez qui l’infection a été confirmée. De plus, les interventions médicales pouvant générer des aérosols ne devraient pas être réalisées.

Haut de page