Les Points saillants sur les maladies du CCNMI fournissent aux praticiens et aux cliniciens de la santé publique canadienne des informations actualisées et essentielles sur les principales maladies infectieuses pertinentes pour la pratique de la santé publique au Canada. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une revue de littérature officielle, les informations sont recueillies auprès de sources clés, notamment l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la littérature évaluée par des pairs.
Les questions, commentaires et suggestions concernant ce point saillant sont les bienvenus et peuvent être envoyés à nccid@manitoba.ca.
Que sont les Points saillants sur les maladies ? Pour en savoir plus sur la collecte des renseignements, consultez notre page Points saillants sur les maladies.
Quelles sont les principales caractéristiques de l’infection à Mycoplasma genitalium ?
CARACTÉRISTIQUES
Mycoplasma genitalium (M. genitalium) est une petite bactérie anaérobie facultative présentant, à la microscopie électronique, une forme caractéristique en flacon. Il s’agit du plus petit micro-organisme libre connu (0,2 µm de diamètre), dont la taille se situe entre celle des bactéries et celle des virus, et qui est capable d’autoréplication.
M. genitalium appartient à la classe des Mollicutes et à la famille des Mycoplasmoidaceae. Les bactéries de la classe des Mollicutes sont dépourvues de paroi cellulaire rigide, ce qui les rend résistantes aux antibiotiques β‑lactamines, notamment la pénicilline, les céphalosporines et les carbapénèmes. Au lieu d’une paroi cellulaire, M. genitalium possède une membrane trilamellaire contenant des stérols acquis à partir de son environnement.
HÔTE
L’être humain est le seul hôte connu.
CAUSES ET COMPLICATIONS
Chez les hommes, M. genitalium constitue la principale cause d’urétrite non gonococcique (UNG) et d’urétrite non gonococcique non chlamydienne, caractérisées par une dysurie ou un écoulement non spontané. Il est également fortement associé à l’épididymite et à la prostatite chronique.
Chez les femmes, M. genitalium constitue la principale cause de cervicite mucopurulente, l’équivalent féminin de l’UNG, caractérisée par la présence d’exsudats jaunes ou verts provenant du col de l’utérus. M. genitalium est également fortement associée à l’atteinte inflammatoire pelvienne (AIP) et à la vaginose bactérienne. Elle pourrait aussi jouer un rôle mineur dans certaines issues défavorables de grossesse et dans l’infertilité.
Elle facilite la transmission du VIH.
- WHO – Recommendations for the treatment of Trichomonas vaginalis, Mycoplasma genitalium, Candida albicans, bacterial vaginosis and human papillomavirus (anogenital warts)(2024)
- Fiche Technique Santé-Sécurité — Mycoplasma genitalium
SIGNES, SYMPTÔMES ET CONSÉQUENCES CLINIQUES
L’infection à M. genitalium est généralement asymptomatique au niveau des voies urinaires. Certaines personnes peuvent toutefois développer des problèmes, dont :
- un prurit urétral ;
- une dysurie ;
- un écoulement pénien ou vaginal ;
- un besoin soudain d’uriner ou une augmentation de la fréquence des mictions ;
- des rapports sexuels douloureux ;
- une éjaculation douloureuse chez les hommes ;
- des saignements vaginaux non menstruels.
Les manifestations cliniques de l’infection à M. genitalium peuvent ressembler à celles de la gonorrhée ou de la chlamydiose ; une consultation auprès d’un professionnel de la santé est donc nécessaire afin d’en déterminer la cause.
- Canadian Guidelines on Sexually Transmitted Infections — Mycoplasma genitalium Infections (juillet 2018)
- CATIE — Treatment Update 251 – Sexually Transmitted Infections – Researchers study M. genitalium in Montreal (mars 2024)
PÉRIODE D’INCUBATION
Inconnue.
TRANSMISSION ET PRÉVENTION
L’infection à M. genitalium se transmet lors de relations sexuelles vaginales ou anales avec une personne infectée. Une personne infectée peut transmettre l’infection même en l’absence de symptômes.
Les personnes sexuellement actives peuvent réduire leur risque d’infection en :
- utilisant correctement des condoms ;
- limitant le nombre de partenaires sexuels ;
- entretenant une relation mutuellement monogame à long terme avec un partenaire non infecté.
TRAITEMENT
La résistance aux antibiotiques, particulièrement aux macrolides, complique la prise en charge et le traitement de M. genitalium et augmente le risque de persistance de l’infection et de transmission. Le profil de résistance aux antimicrobiens détermine donc le choix du traitement de M. genitalium.
Les schémas thérapeutiques recommandés figurent dans le chapitre consacré à Mycoplasma genitalium des Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement (2018).
Recommandations conditionnelles de l’Organisation mondiale de la Santé
En 2024, l’OMS a publié des recommandations actualisées pour le traitement de M. genitalium.
Les recommandations conditionnelles sont fondées sur des données probantes dont le niveau de certitude à l’égard des effets est faible. Pour plus d’information, consulter le tableau 2 du document de l’OMS, Recommendations for the treatment of Trichomonas vaginalis, Mycoplasma genitalium, Candida albicans, bacterial vaginosis and human papillomavirus (anogenital warts) (2024).
IMMUNISATION ET PROPHYLAXIE
Aucun vaccin ni mesure prophylactique n’est actuellement disponible.
DÉPISTAGE ET DIAGNOSTIC
Le dépistage systématique de M. genitalium n’est pas recommandé. Un test de détection de M. genitalium n’est recommandé qu’en présence d’une urétrite, d’une cervicite ou d’une atteinte inflammatoire pelvienne (AIP) persistante ou récurrente après un traitement empirique contre la gonorrhée et la chlamydiose OU lorsque le test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) effectué avant le traitement ou le test de contrôle de guérison pour ces deux infections sont négatifs.
Il n’existe actuellement aucun test sérologique, test de détection d’antigènes ou test diagnostique rapide pour les infections à M. genitalium. Les méthodes de culture ne conviennent pas non plus au diagnostic, car elles requièrent d’importantes ressources techniques et humaines et peuvent nécessiter plusieurs mois. Les analyses reposent donc sur les tests d’amplification des acides nucléiques (TAAN). L’accès aux tests de laboratoire par TAAN pour le dépistage d’une infection à M. genitalium varie selon les provinces et les territoires. Il est donc important de contacter les laboratoires locaux pour connaître les tests qu’ils offrent, de même que les exigences relatives au prélèvement et au transport des échantillons.
Les échantillons positifs peuvent être transmis au Laboratoire national de microbiologie (LNM) pour le dépistage des mutations associées à la résistance aux antimicrobiens
Pour plus de précisions sur les tests de résistance aux antimicrobiens au LNM, consulter Détection par PCR de mutations associées à une résistance antimicrobienne.
Quelle est la situation actuelle en ce qui concerne les éclosions de Mycoplasma genitalium ?
ÉPIDÉMIOLOGIE
La prévalence mondiale de M. genitalium demeure mal connue en raison de l’absence d’un dépistage systématique et d’une surveillance bactériologique insuffisante. Une revue systématique publiée en 2018, portant sur des études parues entre 1991 et 2016, estimait que la prévalence de M. genitalium oscillait de 1,3 % à 3,9 % dans la population générale, était de 0,9 % chez les femmes enceintes, de 3,2 % chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) et atteignait 15,9 % chez les travailleuses du sexe. Dans la population générale, la prévalence était semblable chez les hommes et les femmes. D’autres études sont nécessaires pour mieux définir les profils actuels de prévalence à l’échelle mondiale.
Les données épidémiologiques canadiennes sur M. genitalium demeurent limitées et les estimations de prévalence varient considérablement d’une étude à l’autre, selon les groupes de population et les contextes cliniques. Bien qu’il n’existe actuellement aucun système national ou provincial/territorial de surveillance deM. genitalium au Canada, une revue de la portée réalisée par Copete et coll. en 2025 a recensé huit études transversales canadiennes (publiées entre 1980 et 2023), dans lesquelles les estimations de prévalence des infections à Mycoplasma genitalium variaient de 3,0 % à 30,3 %. Les estimations différaient en fonction du sexe, du genre, de la province, du statut symptomatique et du type d’échantillon diagnostique. Le tableau 1 de la revue de la portée présente une synthèse des estimations de prévalence tirées des huit études retenues, dans divers contextes, populations et régions du Canada.
- Baumann et coll. 2018. Prevalence of Mycoplasma genitalium in different population groups: systematic review andmeta-analysis.
- Copete et coll. 2025. Mycoplasma genitalium Infections and Associated Antimicrobial Resistance in Canada, 1980–2023
Quel est le risque actuel lié à Mycoplasma genitalium pour la population canadienne ?
M. genitalium est classée comme un agent pathogène du groupe de risque 2 (GR2). Cela signifie qu’elle présente un risque modéré pour les personnes et un faible risque pour la collectivité, soit le même niveau de risque que l’Escherichia coli (E. coli) pathogène.
- Fiche Technique Santé-Sécurité — Mycoplasma genitalium
- Ligne directrice canadienne sur la biosécurité — Évaluation des risques associés à l’agent pathogène
Quelles sont les mesures à prendre en cas présumé d’infection à Mycoplasma genitalium ou de contact ?
Mycoplasma genitalium n’est pas une infection à déclaration obligatoire à l’échelle nationale, provinciale ou territoriale au Canada.
Les personnes présentant des symptômes urinaires ou compatibles avec une infection transmissible sexuellement (ITS) devraient consulter un professionnel de la santé afin d’obtenir un diagnostic et un traitement. L’utilisation de condoms est recommandée chez les personnes ayant reçu un diagnostic d’infection à M. genitalium ainsi que chez leurs partenaires sexuels jusqu’à la fin du traitement de la personne atteinte et de ses partenaires actuels.
Même si les données probantes ne permettent pas de recommander la notification systématique en cas d’infection à M. genitalium, les partenaires sexuels actuels des personnes traitées devraient recevoir le même traitement afin de réduire le risque de réinfection de la personne atteinte.
