Introduction

Cet épisode, nous poursuivrons notre discussion sur le virus Zika. La semaine dernière, nous avons vu les risques possibles pour les femmes enceintes lorsqu’elles voyagent dans des zones touchées par ce virus. Cette semaine, notre invité spécial abordera les questions concernant la transmission sexuelle du virus Zika.

Publication : 2016

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TRANSCRIPTION

IQartFRERick Harp : Bienvenue à Infections en question, une baladodiffusion sur la santé publique réalisée par le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. Le CCNMI aide à faire le lien entre les personnes qui posent des questions sur les maladies infectieuses et celles qui offrent des réponses à ces questions. Bonjour. Je m’appelle Rick Harp.

Shivoan Balakumar : Et ici, Shivoan Balakumar. Cet épisode, nous poursuivrons notre discussion sur le virus Zika. La semaine dernière, nous avons vu les risques possibles pour les femmes enceintes lorsqu’elles voyagent dans des zones touchées par ce virus. Cette semaine, notre invité spécial abordera les questions concernant la transmission sexuelle du virus Zika.

Harp : Le Dr Philippe Lagacé-Wiens est professeur adjoint du programme de microbiologie médicale et des maladies infectieuses de l’Université du Manitoba. Il agit également à titre de conseiller pour la clinique santé-voyage et de médecine tropicale de l’Office régional de la santé de Winnipeg. Rebienvenue à Questions en infection, docteur.

Dr Philippe Lagacé-Wiens : Merci.

Harp : Bon, cette semaine on se penche sur une question qui vous a été posée par une femme qui avait récemment voyagé aux Caraïbes avec son conjoint. Ce couple avait appris que la transmission sexuelle du virus Zika posait un risque, ce qui a été confirmé depuis. C’est ce qui l’a incitée à demander ce qu’était le délai indiqué entre le retour d’un voyage et une grossesse. Qu’est-ce que vous lui répondriez?

Lagacé-Wiens : Merci de votre question. Donc, c’est certain qu’il existe, depuis quelques années maintenant, de nombreux rapports qui confirment que le virus Zika peut être transmis sexuellement à une personne qui n’y a jamais été exposée. C’est d’ailleurs la façon qu’on a d’abord pris connaissance de ce fait. Les voyageurs rentraient et ils transmettaient sexuellement le virus Zika dans un endroit où le virus n’était pas en circulation. Depuis, on a pu confirmer qu’il s’agissait bien d’une transmission sexuelle. Ce virus peut être transmis de façon sexuelle.

Chez un couple qui a voyagé et qui prévoit une grossesse peu après le déplacement, il y a de nombreuses recommandations que l’on puisse consulter. Elles découlent toutes de données dont la qualité est inférieure, mais pour l’instant, ce sont les meilleures données que nous avons à notre disposition. Un des défis auquel on fait face c’est qu’on ignore combien de temps ce virus reste dans le corps humain. Nous ne sommes pas certains de cette réponse.

Nous savons qu’au début, le virus reste dans le sang pendant peut-être deux semaines après la manifestation des symptômes, donc peut-être trois semaines après avoir voyagé dans une zone endémique, mais nous ignorons si le virus peut circuler dans d’autres parties du corps humain. Et, d’après les preuves, nous savons que chez l’homme, le virus reste dans le sperme, donc dans les sécrétions du tractus urinaire et dans la prostate pendant une période de plus de deux mois. En plus, on a certainement démontré que le virus peut rester dans le sperme pour une période approximative de 62 jours après l’infection. Ce chiffre est le plus élevé rapporté par les données probantes, mais ne correspond qu’à un seul cas, donc l’attribution du niveau des données probantes est faible, mais ce sont les données que nous avons.

Par conséquent, le risque de transmission du virus d’un homme à sa partenaire est possible pendant une période de plus de deux mois après avoir été infecté. Cela signifie que la femme peut ignorer être à risque de contracter le virus dans certaines parties de son corps, peut-être même au niveau des ovaires, pendant une période de deux mois. Et cette conclusion repose sur la première supposition.

Donc, la règle générale, c’est-à-dire, la recommandation indique que pour un couple qui est prêt à avoir des enfants après une exposition possible, il faut reconnaître que ce virus peut être présent chez plusieurs personnes même si elles n’affichent aucun symptôme et que le temps d’attente après l’exposition est de deux à trois mois. Encore une fois, ce postulat se fonde sur le peu de données probantes à notre disposition. C’est la raison pour laquelle on donne la réponse imprécise d’un délai de deux à trois mois.

Personnellement, je suis les lignes directrices du service canadien des Conseils aux voyageurs et avertissements qui prescrivent un délai de deux mois, mais ce n’est pas excessif de recommander un délai de trois mois puisque d’autres organismes le font. Cette réponse est signe du manque de connaissances actuel donc, on utilise des recommandations générales.

Harp : Et rappelez-nous encore une fois le pourcentage de cas asymptomatiques.

Lagacé-Wiens : Environ 80 % des cas sont asymptomatiques et par conséquent, il est tout à fait possible qu’un membre du couple ait été infecté, c’est-à-dire qu’un d’eux soit porteur du virus. Dans le cas des hommes, le virus pourrait être présent dans la prostate sans qu’il manifeste de symptômes. Ce qui est intéressant, c’est que nous ignorons si un homme qui n’affiche aucun symptôme peut transmettre le virus à sa partenaire. Les seuls cas mentionnés dans la documentation jusqu’ici correspondent tous à des personnes qui affichent des symptômes et qui transmettent le virus à leur partenaire. Il reste à déterminer si l’absence de symptômes est signe d’un meilleur contrôle du virus dans les premiers stages ou si le virus se loge dans la prostate ou dans les autres organes du corps humain. Jusqu’à ce qu’on ait une réponse définitive, on applique les mêmes critères à tous.

Balakumar : Plus tôt au mois de mars, la directrice générale, le Dr Margaret Chan de l’OMS, l’Organisation mondiale de la Santé, annonçait que des rapports et des enquêtes de plusieurs pays laissaient fortement entendre que la transmission sexuelle du virus était plus fréquente qu’on ne l’avait d’abord supposée. Pourriez-vous nous expliquer comment la recherche et les conclusions qui en découlent éclairent cette énoncé tout en nous précisant les questions qui restent toujours sans réponse par rapport à la direction actuelle au Canada?

Lagacé-Wiens : Oui. C’est une excellente question. La plupart des premiers rapports ne paraissaient que de façon sporadique et le nombre de cas était faible. Il existait un cas par-ci, un cas par-là et la différence et les changements principaux n’ont eu lieu qu’avant cette déclaration. Ces cas provenaient principalement des États-Unis où le nombre de voyages aux États de l’Amérique du Sud est élevé. Et les États-Unis, du moins à l’heure actuelle, n’est pas un pays endémique. Il n’existe aucune transmission du virus par les moustiques à l’intérieur des États-Unis. Et nous avons vu beaucoup de voyageurs rentrer et le CDC a intensivement cherché des cas de transmission sexuelle et ont signalé une hausse en flèche – et j’utilise les mots « en flèche » de manière relative, mais on a noté un grand nombre de femmes infectées par des hommes qui n’affichaient aucun symptôme. Donc, très rapidement, à l’intérieur d’une semaine ou deux, on est allé d’un message qui expliquait que les cas étaient signalés de façon sporadique, qu’il s’agissait bien d’un mode de transmission, mais pas d’un mode de transmission dominant et qu’on se concentrait toujours et uniquement sur le contrôle et la prévention des moustiques à un message faisant valoir que la transmission sexuelle était évidemment plus fréquente qu’on ne l’avait d’abord supposée.

Maintenant, c’est beaucoup plus difficile d’en arriver à un chiffre qui qualifierait ce qu’on entend par les mots « plus fréquente ». Nous faisons face au même défi lorsqu’on tente de déterminer si le taux de transmission d’une personne symptomatique se situe à 100 % par acte sexuel avec son partenaire ou s’il se situe plutôt à 50 ou à 10 %. C’est très difficile de mettre les choses au clair. À la longue, on obtiendra une réponse, mais pour l’instant, il faut accepter que le taux de probabilité de la transmission à un partenaire sexuel soit assez élevé dans le cas d’un homme symptomatique et sa conjointe.

Il reste toujours de nombreuses questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponse. Par exemple, s’il s’agit d’une femme asymptomatique, quelles sont les chances de transmission à un homme? Et, bien sûr, le risque d’infection chez une femme qui pourrait ensuite transmettre le virus au fœtus se veut une question beaucoup plus pertinente. Et c’est certain que si une femme a des rapports sexuels, il y a toujours le risque d’une grossesse, donc le risque est beaucoup plus élevé. Il y a donc moins d’intérêt à déterminer le risque de transmission d’une femme à un homme, mais il s’agit toujours d’une question pour laquelle il n’y a pas de réponse. Et la plus grande question qui demeure sans réponse est la suivante : Est-ce qu’un homme peut ou non transmettre le virus à une femme lorsque les deux personnes n’affichent aucun symptôme. Il va sans dire qu’on mène des études sur cette question dans le but de détecter le virus dans les sécrétions prostatiques ou dans le sperme des hommes qui rentrent d’un voyage sans symptôme, mais qui sont infectés.

Harp : Bien, il faut terminer ici, docteur. Encore une fois, on vous remercie d’avoir accepté notre invitation à cette baladodiffusion Infections en question.

Lagacé-Wiens : Ça m’a fait plaisir.

Balakumar : Il s’agissait du Dr Philippe Lagacé-Wiens, professeur adjoint du programme de microbiologie médicale et des maladies infectieuses de l’Université du Manitoba. Il agit également à titre de conseiller pour la clinique santé-voyage et de médecine tropicale de l’Office régional de la santé de Winnipeg. Avez-vous une question en matière de santé publique liée au virus Zika que vous aimeriez qu’on aborde? Envoyez-la nous par courriel à l’adresse ccnmi@umanitoba.ca.

Harp : Infections en question est une baladodiffusion réalisée par le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. La réalisation de cette baladodiffusion a été rendue possible grâce à une contribution financière de l’Agence de la santé publique du Canada.

Balakumar : Veuillez noter que les points de vue exprimés ne sont pas forcément ceux de l’Agence. Le CCNMI est hébergé par l’Université du Manitoba. Pour en savoir davantage, consultez le site Web du Centre au ccnmi.ca.