Introduction

Dans cet épisode, nous allons poursuivre la discussion sur la santé buccodentaire des réfugiés. Lors de notre dernier épisode, nous avons parlé du dépistage universel et des moyens d’optimiser la collaboration entre les prestataires de soins primaires et les dentistes. Cette fois-ci, nous allons traiter du Programme fédéral de santé intérimaire.

Publication : 2017

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IQ8 : Programme fédéral de santé intérimaire et la santé buccodentaire des réfugiés

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TRANSCRIPTION

Rick Harp: Bienvenue au 8e épisode de « Infections en question », une série de baladodiffusions sur la santé publique réalisée par le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. Le CCNMI aide à faire le lien entre les personnes qui posent des questions sur les maladies infectieuses et celles qui offrent des réponses à ces questions. Bonjour, je m’appelle Rick Harp.

Shivoan Balakumar : Et moi, Shivoan Balakumar. Dans cet épisode, nous allons poursuivre la discussion sur la santé buccodentaire des réfugiés.

Harp : Lors de notre dernier épisode, nous avons parlé du dépistage universel et des moyens d’optimiser la collaboration entre les prestataires de soins primaires et les dentistes.

Balakumar : Cette fois-ci, nous allons traiter du Programme fédéral de santé intérimaire. Ce programme offre une protection en matière de soins de santé, limitée et temporaire, aux personnes qui ne sont pas admissibles à un régime d’assurance-maladie provincial ou territorial.

Harp : Nous voici de nouveau en compagnie du Dr Carlos Quiñonez, professeur adjoint en santé dentaire publique à l’Université de Toronto. Le Dr Quiñonez est également directeur du programme de formation des spécialistes et ancien président de l’Association canadienne de santé dentaire publique. Dr Quiñonez, bienvenue à « Infections en questions ».

Quiñonez : Merci, Rick.

Harp : En quoi consiste le Programme fédéral de santé intérimaire et que couvre-t-il?

Quiñonez : Le Programme fédéral de santé intérimaire s’adresse à un éventail de groupes, dont les réfugiés, durant la période de réétablissement au Canada. Il sert de programme de transition jusqu’à ce que les bénéficiaires s’installent dans une province et soient couverts par le régime d’assurance-maladie de celle-ci.

Il faut savoir que les soins dentaires ne sont pas couverts par ce genre de programme, ou très peu, et ce, même au niveau provincial. Dans la plupart des provinces et territoires, la couverture des soins dentaires s’adresse principalement aux enfants, aux adultes et aux personnes âgées à faible revenu ainsi qu’à certains groupes de personnes handicapées. Il s’agit donc de programmes très ciblés; comme on le sait, les soins dentaires ne sont pas pris en charge par le système d’assurance-maladie au Canada.

Le Programme fédéral de santé intérimaire suit ni plus ni moins la même approche. On estime que les familles des réfugiés connaissent un certain degré d’insécurité économique et qu’elles ont besoin, par conséquent, de soutien en matière d’accès aux soins dentaires.

Ce programme a fait récemment les manchettes parce que l’administration précédente voulait se distancer de cette approche. Avec l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement libéral, le programme a été réinstauré, ce qui constitue une initiative importante et plus que louable.

Cela dit, la couverture offerte par le programme est très limitée. Elle s’adresse surtout aux personnes… qui souffrent d’une infection et ont des douleurs. Il y a toute une gamme de traitements et de services dentaires qui sont essentiels à la prévention de la maladie et au maintien de la santé buccodentaire, mais ils ne sont pas nécessairement couverts par le programme.

Par conséquent, du point de vue des soins dentaires, le programme n’est qu’une mesure provisoire. J’ose espérer qu’ils en feront davantage, mais je me réjouis quand même du fait qu’ils soient disposés à offrir quelque chose.

L’autre aspect positif, c’est que le programme fédéral paie des honoraires équivalents à ce que les dentistes s’attendent à recevoir dans leurs provinces respectives. C’est un point important, parce qu’un grand nombre de régimes de soins dentaires provinciaux ne leur proposent pas des honoraires acceptables à leurs yeux, ce qui complique les choses quelque peu. Au moins, le fédéral est libre de le faire, mais j’aimerais bien qu’on ne se limite pas aux simples extractions et aux plombages d’urgence, ou à d’autres interventions du même genre, et qu’on étende le panier de services pour aider les réfugiés à prévenir la maladie et à maintenir leur santé buccodentaire. Malgré tout, comme je le dis à mes étudiants, « un tien vaut mieux que deux tu l’auras » et je trouve que c’est déjà bien que ce programme soit en place.

Balakumar : Dans ce cas, que font les dentistes pour combler les lacunes que vous venez de décrire?

Quiñonez : En fait, les dentistes font beaucoup de choses, ce qui est une très bonne nouvelle. Je travaille étroitement avec notre association provinciale de santé dentaire ici même en Ontario et je suis témoin, sur une base quasi quotidienne, des liens uniques qui s’établissent entre les dentistes et leurs communautés, et qui les amènent à faire du dépannage, en quelque sorte.

Les dentistes se réunissent également autour d’initiatives plus structurées, notamment pour aider bénévolement les réfugiés syriens. Cela ne se produit pas partout, et je ne veux pas insinuer que le bénévolat et la charité sont la solution au problème, mais dans ce cas aussi, cela est mieux que rien. Je pense que nous faisons du bon travail en tant que groupe. Je ne cesserai toutefois jamais de dire qu’il faut en faire davantage. C’est une question de professionnalisme. Il faut faire tout ce qui est en notre possible et en ce sens, on pourrait en faire plus.

Cela dit, il y a un tas de gens qui font toutes sortes de choses bien et j’applaudis leurs efforts. En définitive, il appartient aux gouvernements de prévoir des fonds adéquats pour aider non seulement les réfugiés, mais aussi les populations à faible revenu, à accéder aux soins dentaires. Parce que ce sont ces groupes qui en ont le plus besoin, mais qui tendent à en recevoir le moins. Cet enjeu est un véritable casse-tête pour nous qui travaillons en santé publique, à cause de ce que j’estime être un manque de financement et de soutien adéquat.

Harp : Dr Quiñonez, merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.

Quiñonez : Merci à vous.

Balakumar : Pour en savoir davantage sur le Programme fédéral de santé intérimaire, rendez-vous au nccid.ca/ifhp. Vous y trouverez un webinaire récent sur le sujet.

Harp : Voilà qui conclut cet épisode de « Infections en questions ». Nous aimerions connaître vos questions de santé publique liée à la santé buccodentaire des réfugiés. Écrivez-vous à l’adresse ccnmi@umanitoba.ca.

Balakumar : Envoyez-nous un courriel au ccnmi@umanitoba.ca ou composez le numéro sans frais 1-844-847-9698 et laissez votre question sur notre répondeur.

Harp : « Infections en question » est une réalisation du Centre national de collaboration des maladies infectieuses. La production de cette balado a été rendue possible grâce à une contribution financière de l’Agence de la santé publique du Canada.

Balakumar : Veuillez noter que les points de vue exprimés ici ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Agence. L’Université du Manitoba est l’organisation d’accueil du Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses. Pour en savoir plus, rendez-vous au ccnmi.ca.